- L’échographie médicale doit ses débuts à Ian Donald, obstétricien de Glasgow, qui a détourné un appareil industriel dès 1955.
- Selon l’OMS, l’imagerie par ultrasons figure parmi les examens les plus pratiqués au monde, sans rayonnement ionisant.
- Cette technologie sauve des vies en détectant tumeurs, malformations et grossesses à risque de façon non invasive.
Un matin de 1955, dans un hôpital de Glasgow, un médecin transporte plusieurs kystes ovariens fraîchement retirés au bloc opératoire. Direction : une usine de chaudronnerie. L’homme veut tester une idée un peu folle. Braquer sur ces tissus humains un appareil conçu pour repérer des fissures dans le métal des coques de navires. Ce geste inattendu marque une étape décisive dans l’invention de l’échographie, une technologie qui équipe aujourd’hui plus de 90 % des maternités des pays développés. L’obstétricien s’appelle Ian Donald. Son intuition, née du croisement entre médecine et industrie navale écossaise, allait transformer la manière dont on regarde à l’intérieur du corps humain — sans jamais l’ouvrir, sans rayons X, sans douleur.
Un obstétricien obsédé par les machines
Ian Donald n’était pas un ingénieur. Formé à la médecine, il avait servi dans la Royal Air Force pendant la Seconde Guerre mondiale, où il s’était familiarisé avec le radar et le sonar. Cette culture technique le distinguait de ses confrères. Quand il rejoint le Western Infirmary de Glasgow, il reste fasciné par les ondes et leur capacité à révéler l’invisible.
L’idée germe lentement. Si le sonar permet aux navires de détecter des obstacles sous l’eau grâce aux échos sonores, pourquoi ne pas appliquer le même principe aux organes ? Les tissus mous, pensait-il, devaient renvoyer des signaux différents selon leur densité. Une tumeur solide et un kyste rempli de liquide ne réagiraient pas de la même façon.
Le prêt providentiel d’une entreprise industrielle
Donald contacte Babcock & Wilcox, une firme spécialisée dans les chaudières industrielles. L’entreprise utilisait un détecteur de failles à ultrasons pour vérifier l’intégrité des soudures métalliques. On lui prête l’appareil. Vient alors cette scène presque burlesque : le médecin apporte des kystes ovariens et un morceau de steak comme témoin de comparaison, puis observe les tracés produits sur l’écran.
Les résultats le convainquent. Les échos distinguaient nettement les structures liquidiennes des masses solides. Ce que le scalpel révélait après coup, les ultrasons le laissaient deviner avant l’incision.
De l’atelier au chevet des patientes

Photo : Pavel Danilyuk / Pexels
Le passage de l’expérimentation bricolée à un outil clinique fiable n’a rien eu d’immédiat. Donald s’associe à l’ingénieur Tom Brown, un jeune technicien qui améliore radicalement les prototypes. Ensemble, ils publient en 1958 un article dans The Lancet intitulé « Investigation of Abdominal Masses by Pulsed Ultrasound », considéré comme un texte fondateur de l’imagerie médicale par ultrasons.
Les premières machines étaient encombrantes, difficiles à manipuler, avec des images grossières. Mais l’essentiel était acquis : on pouvait explorer l’abdomen d’une patiente vivante sans la blesser. La discipline prend son envol dans les années 1960, particulièrement en obstétrique.
La grossesse, terrain d’application phare
C’est en suivant les femmes enceintes que l’échographie a révélé toute sa puissance. Elle permettait de :
- confirmer une grossesse et dater le terme avec précision ;
- repérer des grossesses gémellaires jusque-là parfois découvertes à l’accouchement ;
- détecter des malformations fœtales avant la naissance ;
- localiser le placenta et surveiller la croissance du bébé.
Contrairement aux rayons X, dont les risques pour le fœtus étaient déjà documentés, les ultrasons n’émettent aucun rayonnement ionisant. Cet avantage a scellé leur adoption massive. En France, trois échographies sont recommandées pendant une grossesse normale, un standard suivi dans la quasi-totalité des suivis prénataux.
Une révolution qui dépasse largement la maternité
Réduire l’échographie à la surveillance des grossesses serait une erreur. La technologie s’est infiltrée dans presque toutes les spécialités médicales. Cardiologie, avec l’échocardiographie qui filme le cœur en mouvement. Cancérologie, pour guider des biopsies au millimètre. Urgences, où l’échographe portable est devenu le prolongement du stéthoscope.
Cette accessibilité change aussi la donne dans les zones sous-dotées en spécialistes. Face à la progression des déserts médicaux, des appareils compacts et abordables permettent à des soignants de première ligne de poser des diagnostics rapides. On observe la même logique de délégation dans le dépistage, où l’on explore par exemple des pistes pour que d’autres professionnels de santé prennent le relais des dermatologues en cas de pénurie.
Des chiffres qui parlent
Selon l’Organisation mondiale de la santé, l’imagerie par ultrasons répond à environ deux tiers des besoins en diagnostic par imagerie dans le monde, tout en restant l’une des modalités les moins coûteuses. La Haute Autorité de Santé (HAS) souligne régulièrement son rôle central dans le suivi prénatal et le dépistage précoce de nombreuses pathologies.
L’héritage d’Ian Donald, décédé en 1987, se compte désormais en centaines de millions d’examens réalisés chaque année. Difficile d’imaginer une médecine moderne sans cette fenêtre ouverte sur l’intérieur du corps. La détection précoce, qu’elle concerne une tumeur, une prédisposition génétique confirmée par d’autres examens, ou une malformation, doit beaucoup à ces premiers tracés obtenus sur un morceau de steak et des kystes emportés dans une usine écossaise.
Questions fréquentes

Photo : Pavel Danilyuk / Pexels
Qui a réellement inventé l’échographie médicale ?
Plusieurs chercheurs ont contribué aux ultrasons, mais l’obstétricien écossais Ian Donald est reconnu comme le pionnier de leur usage clinique. Sa publication de 1958 dans The Lancet, cosignée avec l’ingénieur Tom Brown et le clinicien John MacVicar, a posé les bases de l’imagerie diagnostique moderne par ultrasons.
L’échographie présente-t-elle des risques pour le fœtus ?
Non, aucun risque n’a été démontré aux intensités utilisées en diagnostic. Contrairement aux rayons X ou au scanner, l’échographie n’émet aucun rayonnement ionisant. C’est précisément cette innocuité qui a permis son adoption généralisée en obstétrique. La HAS recommande trois échographies durant une grossesse normale en France.
Pourquoi utilise-t-on un gel pendant l’examen ?
Le gel élimine l’air entre la sonde et la peau. Les ultrasons se propagent mal dans l’air, qui renvoie presque tout le signal. Le gel assure un contact continu et permet aux ondes de pénétrer les tissus puis de revenir sous forme d’échos exploitables pour reconstruire l’image.
👉 Pour aller plus loin : Retrouvez nos programmes et guides premium sur lebienetreetnous.com
📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



