- Le glyphosate a été classé « cancérogène probable pour l’humain » (groupe 2A) par le CIRC dès 2015
- À Berkane, région agricole du Maroc, des habitants réclament une enquête sur des décès par tumeurs cérébrales
- Protection first : équipements adaptés, délais de rentrée dans les parcelles, contrôle de l’eau de consommation
Une pétition citoyenne, des familles endeuillées, et une question qui dérange : et si l’agriculture intensive tuait autrement que par accident ? Dans la province de Berkane, au nord-est du Maroc, plusieurs habitants réclament l’ouverture d’une enquête sanitaire après une accumulation de décès attribués à des cancers du cerveau. Leur soupçon vise l’usage massif de pesticides dans cette zone agricole réputée pour ses agrumes. La suspicion d’un lien entre pesticides et cancer du cerveau n’a rien d’irrationnel : plusieurs de ces molécules figurent déjà sur les listes de substances surveillées par les agences internationales. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), bras scientifique de l’OMS, a classé dès 2015 le glyphosate parmi les cancérogènes « probables ». Reste à distinguer ce que la science établit avec certitude de ce qui demeure hypothèse. Un exercice difficile quand la douleur des familles cherche des réponses immédiates.
Ce que réclament les habitants de Berkane
Selon les informations relayées par la presse marocaine, des collectifs locaux demandent aux autorités sanitaires une étude épidémiologique sérieuse. Leur constat, empirique, repose sur l’impression d’une fréquence anormalement élevée de tumeurs cérébrales dans les villages entourés de vergers et de cultures maraîchères.
Le poids de l’agriculture dans la région
Berkane vit de la terre. Les agrumes, la betterave, les cultures sous serre y mobilisent des quantités importantes de produits phytosanitaires. Herbicides, insecticides, fongicides s’appliquent parfois plusieurs fois par saison. Cette exposition prolongée touche autant les ouvriers agricoles que les riverains, via l’air, l’eau et les résidus alimentaires.
- Exposition professionnelle directe des applicateurs
- Contamination possible des nappes phréatiques
- Dérive des pulvérisations vers les habitations proches
Un cluster de cancers — c’est-à-dire une concentration inhabituelle de cas sur un territoire donné — ne prouve jamais à lui seul une cause. Mais il justifie qu’on regarde de près. C’est précisément la démarche que réclament ces familles.
Que dit vraiment la science sur pesticides et tumeurs cérébrales

Photo : Muhammad Yunus / Pexels
Le dossier scientifique est plus nuancé qu’un slogan. Plusieurs études pointent une association, sans toujours établir une causalité formelle.
Les données disponibles
Une méta-analyse publiée dans la revue Occupational and Environmental Medicine a rapporté un excès de risque de gliomes — les tumeurs cérébrales les plus fréquentes — chez les travailleurs agricoles exposés aux pesticides. L’INSERM, dans son expertise collective actualisée sur les pesticides, retient une présomption de lien pour certaines pathologies, notamment la maladie de Parkinson, les lymphomes non hodgkiniens et le cancer de la prostate. Concernant les tumeurs cérébrales de l’adulte, l’INSERM parle d’une présomption « moyenne à faible » : le signal existe, mais il reste à consolider.
Chez l’enfant, le tableau inquiète davantage. L’exposition résidentielle aux pesticides pendant la grossesse a été associée, dans plusieurs travaux, à un risque accru de tumeurs cérébrales pédiatriques. Le cerveau en développement se montre particulièrement vulnérable aux substances neurotoxiques.
Les mécanismes biologiques suspectés
Comment un pesticide pourrait-il déclencher une tumeur cérébrale ? Plusieurs pistes sont explorées :
- Le stress oxydatif générant des dommages à l’ADN des cellules nerveuses
- La capacité de certaines molécules à franchir la barrière hémato-encéphalique
- Des perturbations épigénétiques modifiant l’expression des gènes
Ces mécanismes rappellent ceux à l’œuvre dans d’autres maladies du cerveau. Nos confrères s’étaient d’ailleurs penchés sur les avancées génétiques concernant le déclin cognitif dans notre article sur un gène découvert à Lille qui décuple le risque d’Alzheimer, illustrant à quel point la neuro-oncologie et la neurodégénérescence partagent des zones grises encore mal comprises.
Un enjeu de santé publique mondial, pas seulement marocain
Berkane n’est pas une exception. Partout où l’agriculture intensive côtoie l’habitat, la même question ressurgit. En France, l’affaire du chlordécone aux Antilles a marqué durablement le débat sur les pesticides et la santé des populations rurales.
La difficulté d’établir la preuve
Prouver qu’un pesticide précis a causé un cancer précis chez un individu précis relève quasiment de l’impossible. Les cancers du cerveau restent rares — environ 6 000 nouveaux cas de tumeurs primitives par an en France selon Santé publique France — et leurs causes sont majoritairement inconnues. Le temps de latence entre exposition et maladie s’étend souvent sur des décennies. Voilà pourquoi les études épidémiologiques exigent de grandes cohortes suivies longtemps.
Cette incertitude ne doit pas devenir un prétexte à l’inaction. Le principe de précaution, quand des vies sont potentiellement en jeu, plaide pour réduire l’exposition sans attendre la preuve absolue. Les questions environnementales rejoignent ici d’autres alertes sanitaires que nous suivons, comme la flambée du virus West Nile dans le sud de la France, où climat, environnement et santé humaine s’entremêlent.
Se protéger concrètement
Pour les populations exposées, quelques mesures réduisent nettement les risques :
- Porter des équipements de protection lors des pulvérisations et respecter les délais de rentrée dans les parcelles traitées
- Laver soigneusement fruits et légumes, éplucher quand c’est possible
- Vérifier la qualité de l’eau de consommation dans les zones agricoles
- Privilégier, quand le budget le permet, des produits issus d’une agriculture moins intensive
L’alimentation reste un levier majeur de prévention. Nous rappelions récemment les bénéfices des légumes verts de saison, dont la richesse en antioxydants aide justement l’organisme à neutraliser une partie des agressions oxydatives.
Questions fréquentes

Photo : Mirko Fabian / Pexels
Les pesticides causent-ils vraiment le cancer du cerveau ?
Le lien reste probable mais non formellement démontré pour les tumeurs cérébrales de l’adulte. L’INSERM retient une présomption « moyenne à faible ». Chez l’enfant exposé in utero, plusieurs études associent l’exposition résidentielle aux pesticides à un risque accru de tumeurs cérébrales pédiatriques. La prudence s’impose, même sans certitude absolue.
Le glyphosate est-il classé cancérogène ?
Oui. Le CIRC (OMS) l’a classé en 2015 « cancérogène probable pour l’humain » (groupe 2A), sur la base notamment de données concernant les lymphomes non hodgkiniens. D’autres agences, comme l’EFSA européenne, ont émis des conclusions différentes, ce qui alimente une controverse scientifique toujours vive.
Comment réduire mon exposition aux pesticides à la maison ?
Lavez et épluchez vos fruits et légumes, aérez les produits traités, évitez l’usage domestique de pesticides, et renseignez-vous sur la qualité de l’eau si vous vivez en zone agricole. Ces gestes simples diminuent l’exposition cumulée, particulièrement importante à limiter chez les femmes enceintes et les jeunes enfants.
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📚 Sources :
- Source originale — Yabiladi.com (article RSS)
- CIRC / OMS — Monographie sur le glyphosate, groupe 2A (2015)
- INSERM — Expertise collective « Pesticides et effets sur la santé » (2021)
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



