- Selon les documents déclassifiés du ministère britannique de la Défense, plus d’un million de passagers ont été exposés à des bactéries dans le métro de Londres dès 1950.
- L’armée a dispersé notamment Bacillus globigii, alors jugée inoffensive, pour tester la propagation d’une arme biologique.
- La science moderne révèle que certaines de ces bactéries « traçantes » ne sont pas aussi anodines qu’on le croyait.
C’est une révélation qui glace le sang. Plus d’un million de voyageurs du métro de Londres ont, entre 1950 et le début des années 1970, respiré des bactéries délibérément dispersées par l’armée britannique, sans jamais en être informés. Ces expériences bactériologiques secrètes, documentées par des archives déclassifiées du ministère de la Défense (Ministry of Defence), visaient à évaluer comment un agent pathogène pourrait se propager dans un espace clos et bondé en cas d’attaque biologique. À l’époque, en pleine Guerre froide, les autorités estimaient les germes utilisés « totalement inoffensifs ». Sept décennies plus tard, ce postulat est sérieusement remis en question par la microbiologie contemporaine. Cette affaire soulève des questions vertigineuses sur l’éthique médicale, le consentement et les conséquences sanitaires à long terme d’une exposition massive et involontaire.
Une expérience grandeur nature sous les pieds des Londoniens
Dans les tunnels du réseau souterrain, des agents ont brisé des ampoules remplies de spores bactériennes, laissant les courants d’air générés par les rames disperser les micro-organismes sur l’ensemble des quais et voitures. L’objectif : simuler la diffusion d’une arme biologique dans un environnement urbain dense.
Bacillus globigii, la bactérie « traçante »
La bactérie principalement utilisée était Bacillus globigii (aujourd’hui reclassée Bacillus atrophaeus), choisie pour sa ressemblance structurelle avec Bacillus anthracis, l’agent du charbon (anthrax). Facile à cultiver et à tracer, elle servait de substitut « propre » aux agents mortels.
- Ces essais s’inscrivaient dans un programme mené depuis le centre de recherche de Porton Down, laboratoire militaire du sud de l’Angleterre.
- Des expériences similaires ont été conduites en surface, notamment le long des côtes anglaises, exposant des populations entières.
- Le journaliste et les chercheurs ayant compilé ces données estiment que des millions de Britanniques ont été concernés à l’échelle nationale.
Ces bactéries étaient-elles vraiment inoffensives ?

Photo : Leon Warnking / Pexels
C’est là que le récit prend une tournure inquiétante. Longtemps considérée comme un simple contaminant de laboratoire, Bacillus atrophaeus a été impliquée, selon plusieurs publications recensées sur PubMed, dans des cas d’infections opportunistes chez des personnes immunodéprimées. Ce que la médecine des années 1950 balayait comme « sans danger » apparaît aujourd’hui plus nuancé.
Le facteur vulnérabilité
Un germe anodin pour un adulte en bonne santé peut devenir problématique chez les nourrissons, les personnes âgées ou les malades chroniques. Le métro brasse précisément une population extrêmement hétérogène, incluant des sujets fragiles.
- Les infections respiratoires par spores inhalées peuvent, dans de rares cas, déclencher des réactions pulmonaires chez les sujets sensibles.
- L’absence totale de suivi épidémiologique de l’époque rend impossible d’évaluer rétrospectivement l’impact réel sur la santé publique.
- Cette affaire rappelle combien la circulation des micro-organismes en milieu confiné reste un enjeu sanitaire majeur, comme l’a récemment illustré la question de la transmission de la tuberculose en milieu urbain.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’exposition répétée à des agents bactériens, même faiblement pathogènes, peut favoriser des phénomènes d’adaptation microbienne. Or, la lutte contre les bactéries résistantes est aujourd’hui l’un des combats prioritaires de la médecine, comme le montrent les recherches sur les virus phages capables de détruire les bactéries résistantes aux antibiotiques.
Une leçon d’éthique médicale toujours d’actualité
Au-delà du risque biologique, cette affaire pose la question du consentement éclairé. Aucun des passagers exposés n’a été informé, ni pendant, ni après l’expérience. Ce principe est devenu depuis le socle de toute recherche impliquant des êtres humains.
Du secret militaire à la déclaration d’Helsinki
La déclaration d’Helsinki, adoptée par l’Association médicale mondiale en 1964, a posé les bases éthiques modernes interdisant formellement ce type d’expérimentation non consentie. Les essais du métro londonien précèdent — et illustrent tragiquement pourquoi — ces garde-fous étaient indispensables.
- Aujourd’hui, tout essai clinique doit obtenir l’aval d’un comité d’éthique indépendant, une exigence que respectent par exemple les essais cliniques de vaccins personnalisés contre le cancer.
- La transparence sur les protocoles est devenue une norme absolue dans la recherche biomédicale mondiale.
- Le stress psychologique lié à la découverte a posteriori d’une telle exposition ne doit pas être sous-estimé pour les personnes concernées et leurs descendants.
Cet héritage sombre nourrit encore aujourd’hui la méfiance d’une partie du public envers les institutions sanitaires — un phénomène que les autorités de santé s’efforcent de désamorcer par davantage de communication et de pédagogie.
Questions fréquentes

Photo : Jacek Herbut / Pexels
Les passagers exposés dans les années 1950 courent-ils encore un risque aujourd’hui ?
Selon les connaissances actuelles, Bacillus atrophaeus ne persiste pas dans l’organisme et ne provoque pas de maladie chronique chez les personnes en bonne santé. Le risque résiduel plusieurs décennies après une exposition ponctuelle est considéré comme négligeable par la communauté scientifique. Cependant, l’absence de suivi épidémiologique de l’époque empêche toute certitude absolue.
Pourquoi l’armée a-t-elle choisi le métro pour ces essais ?
Le métro de Londres représentait un modèle idéal d’espace confiné, densément peuplé et ventilé par le déplacement des rames. Ces conditions permettaient d’étudier la dispersion d’un agent biologique dans un scénario d’attaque urbaine réaliste, avec un brassage quotidien de plus d’un million de personnes selon les archives du ministère de la Défense.
Ce type d’expérience serait-il possible aujourd’hui ?
Absolument pas. Depuis la déclaration d’Helsinki (1964) et le renforcement des comités d’éthique, toute recherche impliquant des humains exige un consentement éclairé et l’approbation d’instances indépendantes. Disperser des bactéries sur une population sans son accord constituerait une violation majeure du droit international et de l’éthique médicale.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



