- L’ANSM prépare l’arrêt de son thésaurus des interactions médicamenteuses, outil de référence consulté quotidiennement par les professionnels de santé.
- Les interactions médicamenteuses seraient impliquées dans une part significative des accidents iatrogènes, cause de plus de 200 000 hospitalisations annuelles en France selon l’ANSM.
- La vigilance individuelle des patients et le rôle du pharmacien restent des garde-fous essentiels face à ce changement.
Depuis plus de vingt ans, il constitue l’un des piliers silencieux de la sécurité du médicament en France. Le thésaurus des interactions médicamenteuses publié par l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) répertorie méthodiquement les associations à risque, des contre-indications formelles aux précautions d’emploi. Or, l’agence prépare aujourd’hui son arrêt, une décision révélée par Le Moniteur des pharmacies qui inquiète une profession attachée à cet outil. Le sujet peut sembler technique, mais ses conséquences touchent directement la santé de millions de Français : selon l’ANSM, les événements indésirables liés aux médicaments seraient à l’origine de plus de 200 000 hospitalisations chaque année dans l’Hexagone. Comprendre ce qui se joue derrière ce changement, c’est comprendre comment se construit, au quotidien, la sécurité de nos ordonnances.
Le thésaurus de l’ANSM, un outil devenu incontournable
Créé pour harmoniser les informations dispersées dans les résumés des caractéristiques du produit (RCP), le thésaurus offrait une lecture centralisée et hiérarchisée des associations dangereuses. Concrètement, il classait les interactions en quatre niveaux de gravité, du plus critique au plus modéré.
Quatre niveaux de risque
- Contre-indication : l’association est formellement proscrite.
- Association déconseillée : à éviter sauf nécessité absolue, avec surveillance rapprochée.
- Précaution d’emploi : l’association reste possible moyennant des ajustements (dosage, surveillance biologique).
- À prendre en compte : le risque existe mais ne nécessite pas de mesure spécifique systématique.
Cet outil était intégré dans la majorité des logiciels d’aide à la prescription et à la dispensation, ces alertes automatiques qui s’affichent à l’écran du médecin ou du pharmacien. Sa suppression annoncée pose donc une question centrale : sur quelle base ces logiciels s’appuieront-ils désormais ? L’ANSM évoque une transition vers les données européennes et les RCP actualisés, mais les modalités restent floues.
Pourquoi cette décision fait débat

Photo : cottonbro studio / Pexels
La perspective d’un arrêt du thésaurus soulève des craintes légitimes chez les pharmaciens, en première ligne de la sécurisation des traitements. L’enjeu est loin d’être théorique.
Le poids réel de la iatrogénie
La iatrogénie médicamenteuse — l’ensemble des effets indésirables provoqués par les médicaments — représente un fardeau considérable. D’après les données de l’ANSM et des études relayées par l’Assurance maladie, une part importante de ces accidents serait évitable, notamment chez les personnes âgées polymédiquées. Après 65 ans, un patient consomme en moyenne près de 4 médicaments différents par jour, multipliant mécaniquement le risque d’interaction.
Ce risque est particulièrement documenté pour certaines classes thérapeutiques. Nous avons ainsi décrypté récemment le débat scientifique autour des statines et des douleurs musculaires, où la question des associations médicamenteuses joue un rôle déterminant dans la survenue des effets secondaires.
Un retrait qui rappelle d’autres décisions
L’ANSM n’en est pas à sa première décision structurante en matière de sécurité. L’agence intervient régulièrement pour retirer ou restreindre des produits, comme nous l’avions rapporté à propos du retrait du Tavneos du marché français. Ces mesures s’inscrivent dans une logique de pharmacovigilance continue. Mais contrairement à un retrait de produit, la suppression d’un outil de référence transversal touche l’ensemble de la chaîne du soin.
Quelles conséquences pour les patients ?
Pour l’usager, ce changement pourrait rester invisible… à condition que le relais soit correctement assuré. Le principal risque serait une hétérogénéité des bases de données utilisées par les différents logiciels, entraînant des alertes divergentes d’une officine ou d’un cabinet à l’autre.
Le pharmacien, dernier verrou de sécurité
Le rôle du pharmacien d’officine reste central. Lors de la dispensation, il croise l’ensemble des traitements du patient — y compris ceux vendus sans ordonnance et les compléments alimentaires, souvent oubliés dans l’équation. Or, ces derniers peuvent interagir de façon insoupçonnée. Certaines plantes présentées comme anodines, comme celles évoquées dans notre dossier sur le kava et l’anxiété, présentent des profils d’interaction et de toxicité qui justifient une vigilance renforcée.
Les bons réflexes à adopter
- Tenir à jour une liste complète de tous ses traitements, y compris automédication et compléments.
- Privilégier une pharmacie référente qui centralise l’historique des dispensations.
- Signaler systématiquement au médecin et au pharmacien toute prise de plantes, vitamines ou produits de phytothérapie.
- Ne jamais interrompre ni combiner des traitements sans avis médical.
La transition annoncée par l’ANSM devra impérativement s’accompagner d’une communication claire vers les professionnels afin d’éviter tout vide informationnel. L’agence a rappelé que la sécurité des patients demeurait sa priorité absolue et que les données de référence continueraient d’être accessibles via d’autres canaux, notamment européens.
Questions fréquentes

Photo : World Sikh Organization of Canada / Pexels
Qu’est-ce qu’une interaction médicamenteuse exactement ?
Une interaction médicamenteuse survient lorsqu’un médicament modifie l’action d’un autre — en renforçant, diminuant ou perturbant son effet. Elle peut aussi impliquer des aliments, des plantes ou des compléments. Selon l’ANSM, ces interactions figurent parmi les causes évitables d’accidents iatrogènes, impliqués dans plus de 200 000 hospitalisations annuelles en France.
L’arrêt du thésaurus rend-il les ordonnances moins sûres ?
Pas nécessairement, à condition que le relais soit assuré par des données européennes et les RCP actualisés intégrés aux logiciels d’aide à la prescription. Le principal risque identifié par les professionnels est une possible hétérogénéité des bases de données. Le pharmacien reste dans tous les cas un garde-fou essentiel lors de la dispensation.
Comment me protéger des interactions au quotidien ?
Centralisez vos traitements dans une pharmacie référente, tenez une liste à jour de tous vos médicaments et compléments, et signalez toute automédication. Après 65 ans, où l’on prend en moyenne 4 médicaments par jour selon l’Assurance maladie, cette vigilance est particulièrement importante.
👉 Pour aller plus loin : Retrouvez nos programmes et guides premium sur lebienetreetnous.com
📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



