- Une étude publiée dans Cell (2022, laboratoire Vosshall, Université Rockefeller) montre que les personnes « aimants à moustiques » émettent jusqu’à 100 fois plus d’acides carboxyliques sur leur peau.
- Le CO2 expiré, la chaleur corporelle et la « signature chimique » cutanée guident le moustique bien plus que le groupe sanguin.
- Réduire la transpiration, limiter l’alcool et adopter des vêtements couvrants diminue concrètement l’attractivité.
C’est une injustice estivale que des millions de personnes vivent chaque année : à la même table, sous le même arbre, certains ressortent constellés de boutons tandis que d’autres n’ont pas une seule piqûre. La science a tranché : les individus les plus attractifs pour les moustiques émettent jusqu’à 100 fois plus de molécules odorantes attirantes sur leur peau, selon une étude de référence publiée dans la revue Cell. L’attirance des moustiques pour la peau n’a donc rien d’un caprice du hasard. Elle repose sur une combinaison redoutablement précise de signaux chimiques, thermiques et biologiques. Pour comprendre ce mécanisme, des chercheurs sont même allés jusqu’à offrir leur propre épiderme aux insectes, transformant leur avant-bras en terrain d’expérimentation. Décryptage d’un phénomène qui, au-delà de l’inconfort, soulève de véritables enjeux de santé publique à l’heure de l’expansion du moustique tigre.
Le moustique, un traqueur olfactif d’une précision redoutable
Contrairement à une idée reçue, le moustique ne pique pas au hasard. C’est un chasseur guidé par une cascade de signaux qu’il détecte à plusieurs mètres de distance. Le premier d’entre eux est le dioxyde de carbone que nous expirons : un moustique femelle (seules les femelles piquent, ayant besoin de protéines sanguines pour leurs œufs) peut repérer un panache de CO2 jusqu’à 10 à 15 mètres.
Une hiérarchie de signaux bien établie
Une fois alertée par le CO2, la femelle affine sa cible grâce à d’autres indices :
- La chaleur corporelle : les moustiques détectent les variations thermiques de notre peau, ce qui explique pourquoi les zones exposées et chaudes sont préférées.
- L’humidité de la transpiration et l’acide lactique qu’elle contient.
- Les signaux visuels : les vêtements sombres, qui absorbent la chaleur, augmentent la visibilité de la proie.
- La signature chimique cutanée, le facteur le plus déterminant selon les travaux récents.
Les recherches menées par l’équipe de la neurobiologiste Leslie Vosshall à l’Université Rockefeller, publiées en octobre 2022 dans Cell, ont marqué un tournant. Pendant trois ans, les scientifiques ont fait porter à 64 volontaires des bas en nylon appliqués contre leur avant-bras, imprégnant le tissu de leur odeur. En confrontant ces échantillons à des Aedes aegypti, ils ont établi un classement d’attractivité stupéfiant : le sujet le plus attirant l’était 100 fois plus que le moins attirant.
Les acides carboxyliques, la vraie signature de la « peau à moustiques »

Photo : Ravi Kant / Pexels
Le facteur commun aux « super-attracteurs » ? Une concentration élevée d’acides carboxyliques à la surface de leur peau. Ces molécules, produites par les glandes sébacées et transformées par les bactéries de notre microbiote cutané, forment une couche protectrice hydratante. Mais elles constituent aussi un festin olfactif pour les moustiques.
La génétique et le microbiote en première ligne
Fait marquant : l’étude de Rockefeller a montré que le profil d’attractivité des participants restait stable dans le temps, même à plusieurs mois d’intervalle. Autrement dit, être un « aimant à moustiques » relève d’une caractéristique quasi permanente, largement déterminée par la génétique et la composition individuelle du microbiote cutané. On ne devient pas irrésistible du jour au lendemain — et on ne cesse pas de l’être facilement.
Plusieurs facteurs modulent néanmoins cette signature chimique :
- La grossesse : les femmes enceintes expirent environ 20 % de CO2 en plus et présentent une température corporelle plus élevée.
- L’activité physique : l’effort produit acide lactique et chaleur, deux signaux amplificateurs.
- La consommation d’alcool : plusieurs études suggèrent que la bière augmente l’attractivité, probablement via une modification de l’odeur cutanée.
Ces mécanismes olfactifs sensibles rappellent combien notre peau interagit avec son environnement. À ce sujet, nous avions exploré la question de savoir si le parfum appliqué dans le cou représente un risque pour la peau, un geste quotidien aux effets parfois insoupçonnés.
Et le groupe sanguin dans tout ça ?
C’est l’un des mythes les plus tenaces. De nombreux articles affirment que les personnes du groupe O seraient des cibles prioritaires. La réalité scientifique est plus nuancée.
Un facteur secondaire et débattu
Une étude japonaise publiée dans le Journal of Medical Entomology a effectivement observé que les Aedes albopictus se posaient davantage sur les personnes du groupe O que sur celles du groupe A. Certains individus « sécréteurs » émettent en outre des marqueurs de leur groupe sanguin via leur peau, ce qui pourrait renforcer l’effet. Mais les experts, dont l’équipe de Leslie Vosshall, considèrent ce facteur comme très secondaire face à l’odeur cutanée et au CO2. Nous avions détaillé cette controverse dans notre dossier consacré à la question de savoir si votre groupe sanguin fait vraiment de vous une cible.
Au-delà de la simple démangeaison, l’enjeu est sanitaire. Le moustique tigre (Aedes albopictus), désormais implanté dans une large majorité des départements français selon Santé publique France, est vecteur de la dengue, du chikungunya et du Zika. La progression de ces arboviroses est bien réelle, comme l’illustre notre reportage sur le chikungunya en Gironde et l’installation du moustique tigre. Comprendre pourquoi il nous pique n’est donc pas anecdotique.
Comment réduire concrètement son attractivité

Photo : icon0 com / Pexels
Si l’on ne peut pas modifier sa génétique, quelques leviers permettent de limiter les piqûres :
- Se doucher régulièrement pour éliminer sueur et acide lactique.
- Porter des vêtements clairs et couvrants, moins repérables thermiquement et visuellement.
- Utiliser un répulsif à base de DEET ou d’icaridine, recommandés par l’Anses.
- Éliminer les eaux stagnantes (soucoupes, gouttières) où les femelles pondent.
- Modérer alcool et efforts physiques en extérieur aux heures de forte activité des moustiques (aube et crépuscule).
Questions fréquentes
Le groupe sanguin O attire-t-il vraiment plus les moustiques ?
Une étude japonaise a observé une légère préférence des Aedes albopictus pour le groupe O, mais les chercheurs de l’Université Rockefeller considèrent ce facteur comme mineur. L’odeur cutanée, riche en acides carboxyliques, et le CO2 expiré restent les déterminants majeurs de l’attractivité.
Peut-on devenir moins attirant pour les moustiques ?
L’étude publiée dans Cell montre que le profil d’attractivité est stable dans le temps et largement génétique. On ne peut donc pas le changer radicalement, mais on peut réduire les piqûres en limitant la transpiration, l’alcool, en portant des vêtements couvrants et en utilisant des répulsifs validés par l’Anses.
Pourquoi les femmes enceintes sont-elles plus piquées ?
Les femmes enceintes expirent environ 20 % de CO2 supplémentaire et présentent une température corporelle légèrement plus élevée. Ces deux signaux, parmi les principaux repères du moustique, augmentent mécaniquement leur attractivité aux yeux — et aux antennes — de l’insecte.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS (franceinfo)
- De Obaldia et al., « Differential mosquito attraction to humans is associated with skin-derived carboxylic acid levels », Cell, octobre 2022 (laboratoire de Leslie Vosshall, Université Rockefeller)
- Santé publique France — Surveillance du moustique tigre (Aedes albopictus) et des arboviroses en France métropolitaine
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



