- L’ANSM a ordonné le rappel immédiat de tous les lots de Tavneos (avacopan) en France en novembre 2025.
- La décision fait suite à plusieurs décès rapportés à l’étranger chez des patients traités.
- Aucun patient ne doit arrêter son traitement sans avis médical : contactez votre spécialiste rapidement.
C’est une décision rare et lourde de conséquences : le Tavneos retiré du marché français fait l’objet d’un rappel immédiat de tous ses lots, a confirmé l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ce médicament, dont le principe actif est l’avacopan, était prescrit depuis 2022 pour traiter certaines vascularites associées aux anticorps anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles (ANCA), des maladies auto-immunes rares mais potentiellement mortelles. La cause de ce retrait ? Plusieurs décès survenus à l’étranger chez des patients sous traitement, jugés suffisamment préoccupants pour suspendre la commercialisation par précaution. Pour les malades concernés, souvent isolés face à une pathologie déjà éprouvante, l’annonce provoque une inquiétude légitime. Mais les autorités sanitaires sont formelles : il ne faut surtout pas interrompre brutalement le traitement sans encadrement médical, au risque d’une rechute grave de la maladie sous-jacente.
Qu’est-ce que le Tavneos et à qui était-il destiné ?
Le Tavneos (avacopan) appartient à une nouvelle génération de traitements ciblés. Développé par le laboratoire Vifor Pharma (groupe CSL), il avait obtenu son autorisation de mise sur le marché européen en janvier 2022 via l’Agence européenne des médicaments (EMA).
Une cible thérapeutique précise
Le médicament était indiqué en association avec une corticothérapie et d’autres immunosuppresseurs (rituximab ou cyclophosphamide) pour traiter deux formes sévères de vascularites à ANCA :
- La granulomatose avec polyangéite (anciennement maladie de Wegener)
- La polyangéite microscopique
Ces maladies, qui provoquent une inflammation des petits vaisseaux sanguins, touchent environ 20 à 40 personnes par million d’habitants selon les données de l’Orphanet et de la Filière des maladies auto-immunes et auto-inflammatoires rares (FAI2R). Elles peuvent atteindre les reins, les poumons ou le système nerveux, avec un pronostic vital engagé sans traitement. Comme d’autres pathologies chroniques, elles ont un retentissement psychologique majeur, à l’image de ce que nous décrivions sur le lien entre l’isolement et la maladie.
Un mécanisme d’action innovant
L’avacopan agissait en bloquant le récepteur C5a du système du complément, une composante clé de la réponse immunitaire. Son intérêt majeur était de permettre de réduire les doses de corticoïdes, dont les effets secondaires à long terme (diabète, ostéoporose, prise de poids, hypertension) sont bien connus et redoutés des patients.
Pourquoi ce retrait brutal ?

Photo : cottonbro studio / Pexels
La décision de l’ANSM repose sur un principe de précaution renforcé, activé après la remontée de signaux de pharmacovigilance internationaux.
Des décès à l’étranger comme déclencheur
Plusieurs décès de patients traités par avacopan ont été rapportés hors de France, sans que le lien de causalité direct soit systématiquement établi. Face à ces signalements, les autorités ont préféré agir vite. Ce mécanisme illustre le fonctionnement de la pharmacovigilance post-commercialisation : un médicament peut être autorisé sur la base d’essais cliniques rigoureux, puis révéler des risques une fois utilisé à grande échelle, dans des conditions de « vraie vie ».
L’essai pivot ADVOCATE, publié dans le New England Journal of Medicine en 2021, avait pourtant démontré une non-infériorité de l’avacopan face à la corticothérapie standard chez 331 patients, avec un profil de tolérance jugé acceptable. Mais les cohortes d’essais restent limitées par rapport à l’exposition réelle de la population.
Le rappel de tous les lots
Concrètement, la mesure implique :
- Le retrait de tous les lots disponibles en pharmacie et dans les circuits hospitaliers
- L’arrêt de toute nouvelle prescription et délivrance
- Une réévaluation en cours au niveau européen du rapport bénéfice/risque
Ce type de décision rappelle l’importance de la surveillance continue des traitements, y compris les plus courants. Nous l’évoquions à propos des statines et de leurs effets musculaires, où la science a mis du temps à trancher entre perception et réalité clinique.
Que doivent faire les patients concernés ?
C’est la question la plus urgente. Les autorités et les sociétés savantes ont diffusé des recommandations claires pour éviter les réactions de panique.
Ne jamais arrêter seul
Le message central est sans ambiguïté : aucun patient ne doit interrompre brutalement son traitement. Une vascularite mal contrôlée peut entraîner une insuffisance rénale aiguë ou une atteinte pulmonaire potentiellement fatale. L’arrêt doit être organisé avec le médecin spécialiste (néphrologue, interniste ou rhumatologue) qui suit le patient.
- Prendre contact rapidement avec son centre de référence ou son spécialiste
- Ne pas cesser le médicament de sa propre initiative
- Signaler tout symptôme inhabituel (fièvre, essoufflement, œdèmes)
Quelles alternatives thérapeutiques ?
La bonne nouvelle est que des schémas thérapeutiques éprouvés existaient bien avant l’arrivée de l’avacopan. Le traitement de référence des vascularites à ANCA repose sur l’association corticoïdes + rituximab ou cyclophosphamide, avec un taux de rémission de l’ordre de 70 à 85 % selon les données de la FAI2R. Les patients pourront donc être basculés vers ces protocoles, quitte à accepter à nouveau une exposition plus importante aux corticoïdes. Le suivi psychologique compte aussi : vivre avec une maladie chronique génère une charge mentale considérable, un aspect que nous abordons dans notre dossier sur les symptômes anxieux méconnus.
Ce que révèle cette affaire sur la sécurité des médicaments

Photo : World Sikh Organization of Canada / Pexels
Le cas Tavneos illustre la tension permanente entre innovation thérapeutique et sécurité. Les maladies rares souffrent d’un manque criant de traitements ; chaque nouvelle molécule est donc accueillie comme une avancée majeure. Mais l’accès précoce à l’innovation implique aussi une part d’incertitude.
Selon l’ANSM, environ 1 300 signalements d’effets indésirables graves sont analysés chaque jour en France, illustrant l’ampleur de la surveillance post-commercialisation. Les systèmes de pharmacovigilance européens, coordonnés par l’EMA via la base EudraVigilance, permettent justement de croiser les données de plusieurs pays pour détecter des signaux qu’un seul territoire ne verrait pas. C’est précisément ce mécanisme qui a joué ici.
Questions fréquentes
Je prends du Tavneos, dois-je l’arrêter immédiatement ?
Non. Vous ne devez jamais arrêter votre traitement sans en parler à votre médecin. Un arrêt brutal peut provoquer une rechute grave de votre vascularite, avec un risque pour vos reins ou vos poumons. Contactez votre spécialiste (néphrologue ou interniste) dans les plus brefs délais pour organiser une transition sécurisée vers un traitement alternatif comme le rituximab.
Combien de personnes sont concernées en France ?
Les vascularites à ANCA touchent environ 20 à 40 personnes par million d’habitants selon Orphanet, soit plusieurs milliers de patients potentiellement concernés en France. Tous ne prenaient toutefois pas du Tavneos, réservé aux formes sévères en association avec d’autres immunosuppresseurs. Les centres de référence de la filière FAI2R accompagnent le suivi de ces patients.
Le Tavneos reviendra-t-il un jour sur le marché ?
C’est possible mais incertain. Une réévaluation du rapport bénéfice/risque est en cours au niveau européen sous l’égide de l’EMA. Selon les conclusions, le médicament pourrait être réautorisé avec de nouvelles restrictions d’usage, une surveillance renforcée, ou retiré définitivement. La décision dépendra de l’analyse des décès rapportés et du lien de causalité avec l’avacopan.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS (Le Monde, Le Parisien, franceinfo)
- Jayne DRW et al., « Avacopan for the Treatment of ANCA-Associated Vasculitis », New England Journal of Medicine, 2021 (essai ADVOCATE)
- ANSM & EMA (EudraVigilance) — Données de pharmacovigilance et Orphanet — Épidémiologie des vascularites à ANCA
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



