- Selon l’Institut national du cancer, la survie à 5 ans du cancer du pancréas reste inférieure à 13 %, l’un des pronostics les plus sombres.
- Le daraxonrasib (RMC-6236) est un inhibiteur « pan-RAS » capable de cibler plusieurs mutations à la fois, dont KRAS G12D, majoritaire dans ce cancer.
- Les essais de phase précoce menés par Revolution Medicines montrent une survie sans progression prometteuse ; un essai de phase III (RASolute 302) est en cours.
Chaque année en France, près de 15 000 nouveaux cas de cancer du pancréas sont diagnostiqués, selon l’Institut national du cancer (INCa), et le nombre a plus que doublé en vingt ans. Longtemps surnommé « le cancer silencieux » en raison de sa détection tardive, l’adénocarcinome pancréatique affiche l’un des pronostics les plus sombres de l’oncologie moderne. C’est dans ce contexte que le daraxonrasib, une molécule expérimentale développée par le laboratoire américain Revolution Medicines, suscite un intérêt considérable. Cette approche thérapeutique cible directement la protéine RAS, longtemps jugée « indruggable » — impossible à bloquer par un médicament. Les premières données cliniques, bien que préliminaires, laissent entrevoir un tournant possible dans la prise en charge de cette maladie particulièrement agressive.
Pourquoi le cancer du pancréas reste-t-il un défi médical majeur ?
Un diagnostic souvent trop tardif
La localisation profonde du pancréas, derrière l’estomac, explique en grande partie la difficulté de dépistage. Les premiers symptômes — douleurs abdominales diffuses, perte de poids, jaunisse — apparaissent généralement lorsque la tumeur est déjà avancée. Selon les données de l’INCa, moins de 20 % des patients sont éligibles à une chirurgie curative au moment du diagnostic.
La protéine KRAS au cœur du problème
Environ 90 % des adénocarcinomes pancréatiques présentent une mutation du gène KRAS, d’après plusieurs études publiées dans Nature. Cette protéine agit comme un interrupteur cellulaire : lorsqu’elle est mutée, elle reste bloquée en position « active », ordonnant aux cellules de proliférer sans fin. Pendant des décennies, les chercheurs ont échoué à concevoir une molécule capable de neutraliser cette cible mouvante. C’est précisément cet obstacle que le daraxonrasib entend franchir.
Le daraxonrasib : une stratégie « pan-RAS » inédite

Photo : Anna Tarazevich / Pexels
Cibler plusieurs mutations simultanément
Contrairement aux inhibiteurs de première génération qui ne visaient qu’une mutation précise (comme le sotorasib ciblant KRAS G12C), le daraxonrasib appartient à une nouvelle classe dite « pan-RAS(ON) ». Il bloque la forme active de plusieurs variantes de RAS, dont la mutation G12D, la plus fréquente dans le cancer du pancréas. Cette polyvalence pourrait concerner une part bien plus large de patients.
- Il forme un complexe avec une protéine cellulaire (la cyclophiline A) pour piéger RAS dans son état actif.
- Il vise ainsi plusieurs mutations que les traitements ciblés classiques ne couvraient pas.
- Son administration se fait par voie orale, un atout pour la qualité de vie des patients.
Ce que disent les premiers chiffres
Lors de communications présentées en congrès et rapportées par la presse scientifique, Revolution Medicines a fait état d’une survie médiane sans progression prometteuse chez des patients atteints de cancer du pancréas métastatique déjà lourdement traités. Un essai de phase III baptisé RASolute 302 évalue actuellement le daraxonrasib face à la chimiothérapie standard. Ces résultats font écho à d’autres avancées récentes en cancérologie, comme le montre notre article sur une molécule qui répond chez 3 patients sur 4, illustrant la montée en puissance des thérapies ciblées.
Quelles perspectives pour les patients ?
Un espoir à tempérer
Il faut rappeler que le daraxonrasib n’est pas encore autorisé sur le marché, ni en Europe ni aux États-Unis. Les données publiées restent issues d’essais de phase précoce, sur des cohortes limitées. La communauté scientifique attend les résultats définitifs de la phase III pour confirmer le bénéfice réel en termes de survie globale. Les autorités comme l’Agence européenne des médicaments (EMA) et la FDA américaine examineront ces éléments avant toute mise sur le marché.
Une dynamique globale en oncologie
Cette avancée s’inscrit dans un mouvement plus large de rénovation thérapeutique du cancer, porté aussi par l’immunothérapie. Nous avons ainsi documenté le cas d’une rémission spectaculaire obtenue par immunothérapie, preuve que la conjugaison de plusieurs approches redéfinit le pronostic de cancers autrefois jugés incurables. Au-delà des traitements, la prévention et l’hygiène de vie restent des piliers : nos travaux sur les habitudes de longévité rappellent l’importance du mode de vie dans la réduction des risques.
Questions fréquentes

Photo : Tara Winstead / Pexels
Le daraxonrasib est-il disponible en France ?
Non. Le daraxonrasib est une molécule expérimentale en cours d’évaluation clinique (essai de phase III RASolute 302). Il n’a pas encore reçu d’autorisation de mise sur le marché de l’EMA ou de la FDA. Seuls certains patients inclus dans des essais cliniques peuvent y accéder, sur décision médicale spécialisée.
Pourquoi la mutation KRAS est-elle si importante ?
Environ 90 % des cancers du pancréas présentent une mutation du gène KRAS selon des études publiées dans Nature. Cette protéine, lorsqu’elle est mutée, pousse les cellules à se multiplier sans contrôle. La bloquer représentait un défi majeur, la rendant longtemps considérée comme une cible « impossible » à traiter.
Quel est le pronostic actuel du cancer du pancréas ?
Selon l’Institut national du cancer, la survie à 5 ans reste inférieure à 13 %, l’une des plus faibles tous cancers confondus. Ce pronostic sombre s’explique par un diagnostic souvent tardif et une résistance aux traitements classiques, d’où l’importance des molécules innovantes comme le daraxonrasib.
👉 Pour aller plus loin : Retrouvez nos programmes et guides premium sur lebienetreetnous.com
📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



