- L’hôpital de Ville-Evrard, ouvert en 1861, comptait 4 444 malades dans ses pavillons en 1940.
- Longtemps le plus grand asile psychiatrique de France, il a accueilli des figures comme Camille Claudel et Antonin Artaud.
- Son histoire illustre le passage de l’enfermement asilaire à la psychiatrie de secteur moderne.
Au nord-est de Paris, sur la commune de Neuilly-sur-Marne, s’étend un domaine dont peu de Franciliens soupçonnent l’ampleur historique. Ouvert en 1861, l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard fut longtemps le plus grand établissement de ce type en France, avec un pic recensé de 4 444 malades en 1940, selon les données rapportées par Sciencepost. Derrière ces chiffres se dessine l’histoire d’un hôpital psychiatrique emblématique, témoin des mutations d’une discipline qui a longtemps hésité entre relégation et guérison. Ses pavillons, ses jardins et ses murs ont vu défiler des dizaines de milliers de patients anonymes, mais aussi des figures majeures de la culture française. Aujourd’hui encore en activité, Ville-Evrard incarne une mémoire complexe, celle d’une psychiatrie qui a mis plus d’un siècle à replacer l’humain au cœur du soin.
Un domaine né de la loi de 1838
L’histoire de Ville-Evrard s’inscrit dans le sillage de la loi du 30 juin 1838, texte fondateur qui obligeait chaque département français à disposer d’un établissement pour accueillir les personnes atteintes de troubles mentaux. Le département de la Seine, débordé par la surpopulation des asiles parisiens comme Sainte-Anne, Bicêtre ou la Salpêtrière, fit l’acquisition du domaine de Ville-Evrard pour y bâtir un vaste ensemble.
Une architecture pensée pour l’isolement
Conçu selon les principes hygiénistes du XIXe siècle, l’établissement adopte le modèle pavillonnaire : des bâtiments dispersés dans un parc, censés favoriser l’air pur, le calme et le travail agricole comme vecteurs de guérison. Cette organisation traduisait la doctrine du « traitement moral » théorisée par Philippe Pinel et Jean-Étienne Esquirol, qui prônaient l’éloignement du patient de son environnement habituel.
- Une capacité qui n’a cessé de croître entre 1861 et 1940.
- Des pavillons séparés selon le sexe et le type de pathologie.
- Une ferme et des ateliers destinés à occuper les patients.
Cette logique d’isolement rappelle combien la compréhension des troubles psychiques a évolué. Les recherches récentes, notamment celles évoquées dans nos travaux sur les liens génétiques entre autisme, dépression et schizophrénie, montrent aujourd’hui une approche radicalement différente, biologique et personnalisée.
Des figures célèbres derrière les murs

Photo : Enrico Hänel / Pexels
Ville-Evrard n’est pas seulement un lieu de statistiques : c’est aussi un espace chargé de destins individuels marquants. Plusieurs personnalités du monde artistique y ont séjourné, laissant une empreinte durable dans la mémoire collective.
Camille Claudel et Antonin Artaud
La sculptrice Camille Claudel, sœur du poète Paul Claudel, y fut internée en 1913 avant d’être transférée vers d’autres établissements où elle passa près de trente ans enfermée jusqu’à sa mort en 1943. Le poète et dramaturge Antonin Artaud y séjourna également, tout comme d’autres artistes dont l’internement interroge encore les frontières entre génie créatif et souffrance psychique.
Ces trajectoires posent la question de la stigmatisation des troubles mentaux, un enjeu de santé publique toujours actuel. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’à l’échelle mondiale, près d’une personne sur huit vit avec un trouble mental, soit environ 970 millions de personnes selon son rapport de 2022.
La tragédie oubliée de la Seconde Guerre mondiale
Le chiffre de 4 444 malades recensés en 1940 prend une résonance dramatique lorsqu’on connaît le sort réservé aux patients psychiatriques durant l’Occupation. En France, les hôpitaux psychiatriques furent frappés par une surmortalité massive liée aux restrictions alimentaires et à l’abandon administratif.
La « famine des asiles »
Les historiens, dont Isabelle von Bueltzingsloewen dans son ouvrage de référence L’Hécatombe des fous, estiment qu’environ 45 000 malades mentaux sont morts de faim dans les hôpitaux psychiatriques français entre 1940 et 1945. Ville-Evrard, par sa taille, fut particulièrement touché par ce drame silencieux, longtemps occulté de la mémoire nationale.
- Rations alimentaires drastiquement réduites pour les patients.
- Priorité donnée aux populations jugées « productives ».
- Une mortalité qui a décimé les effectifs des grands asiles.
Cette période noire souligne la vulnérabilité des personnes souffrant de troubles psychiques, dont la santé physique est elle aussi fragile. On sait aujourd’hui que le sommeil et l’équilibre du corps jouent un rôle central dans la santé mentale, comme nous l’expliquons dans notre dossier sur le réveil nocturne et l’insomnie.
De l’asile à la psychiatrie de secteur

Photo : Odin Reyna / Pexels
L’après-guerre marque un tournant. La découverte des premiers neuroleptiques dans les années 1950, notamment la chlorpromazine synthétisée en 1952 par les laboratoires français Rhône-Poulenc, révolutionne la prise en charge. Les malades peuvent désormais être stabilisés et, pour beaucoup, quitter l’univers clos de l’asile.
La circulaire de 1960
La circulaire du 15 mars 1960 instaure en France la « politique de secteur », qui vise à rapprocher le soin du lieu de vie du patient plutôt que de le concentrer dans d’immenses structures. Ville-Evrard, aujourd’hui Établissement Public de Santé de Ville-Evrard (EPS), s’est réorganisé autour de cette logique, avec des centres médico-psychologiques répartis sur le territoire de la Seine-Saint-Denis.
Ces transformations rejoignent les préoccupations actuelles autour de la santé mentale et du bien-être, thèmes que nous abordons régulièrement, notamment à travers les approches de gestion du stress comme les plantes adaptogènes. La psychiatrie contemporaine mise désormais sur la réhabilitation, l’ambulatoire et la déstigmatisation.
Questions fréquentes
L’hôpital de Ville-Evrard existe-t-il encore aujourd’hui ?
Oui. L’Établissement Public de Santé de Ville-Evrard, situé à Neuilly-sur-Marne, est toujours en activité et constitue l’un des principaux acteurs de la psychiatrie publique en Seine-Saint-Denis. Il a été profondément réorganisé autour de la politique de secteur instaurée par la circulaire de 1960, privilégiant les prises en charge de proximité.
Pourquoi comptait-il 4 444 malades en 1940 ?
La surpopulation des grands asiles reflétait la doctrine de l’époque, fondée sur l’enfermement plutôt que sur le soin ambulatoire. Ville-Evrard, plus grand établissement psychiatrique de France, concentrait les patients de la région parisienne. Ce chiffre, rapporté par Sciencepost, est à mettre en perspective avec la tragédie de la surmortalité qui frappa ces établissements durant l’Occupation, avec environ 45 000 décès de malades mentaux en France.
Quelles personnalités y ont été internées ?
Parmi les figures célèbres passées par Ville-Evrard figurent la sculptrice Camille Claudel, internée en 1913, ainsi que le poète et dramaturge Antonin Artaud. Leurs séjours interrogent encore aujourd’hui la frontière entre création artistique et souffrance psychique, et rappellent l’importance de lutter contre la stigmatisation des troubles mentaux.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS Sciencepost
- Isabelle von Bueltzingsloewen, L’Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques français sous l’Occupation, Aubier, 2007.
- Organisation mondiale de la santé (OMS) — Troubles mentaux, 2022
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



