- La Cour des comptes préconise un carnet de vaccination électronique généralisé d’ici 2028.
- Une part importante des Français ignore où en est réellement son statut vaccinal, faute d’outil fiable.
- Mieux vacciner rapporterait des dizaines de millions d’euros à l’Assurance maladie, selon l’institution.
C’est un constat qui dérange dans un pays qui se pense bien protégé : une large fraction de la population française est incapable de dire si elle est à jour de ses vaccins. Le chiffre remonte d’un rapport de la Cour des comptes, dont les conclusions ont été relayées par Le Figaro, Le Monde et Les Échos cette semaine. La solution avancée par les magistrats de la rue Cambon ? Un carnet de vaccination électronique déployé pour tous les Français à l’horizon 2028. L’idée n’a rien de gadget. Derrière ce dossier technique se cache une réalité sanitaire préoccupante : couverture vaccinale en berne sur plusieurs maladies, épidémies de rougeole qui refont surface, campagne papillomavirus qui patine. Et un carnet papier qui, franchement, appartient à un autre siècle.
Un carnet papier à bout de souffle
Le petit livret bleu que beaucoup rangent au fond d’un tiroir, quand ils ne l’ont pas tout bonnement perdu, symbolise à lui seul le problème. Impossible d’y accéder en urgence, illisible quand le médecin traitant change, jamais synchronisé entre le pharmacien, le généraliste et l’hôpital. La Cour des comptes pointe cette fragmentation comme un frein direct à la santé publique.
Quand un patient ne sait plus s’il a reçu son rappel diphtérie-tétanos-poliomyélite, deux options : on revaccine par précaution, ce qui coûte, ou on renonce, ce qui expose. Aucune des deux n’est satisfaisante. Nous avions déjà décortiqué ce constat dans notre article sur les limites du carnet papier et le retard français.
Ce que promet le format numérique
- Un accès instantané pour le patient via l’espace Mon espace santé.
- Une mise à jour automatique par le professionnel qui vaccine.
- Des rappels ciblés envoyés au bon moment, avant que la protection ne s’épuise.
- Une vision consolidée pour les autorités, utile en cas d’épidémie.
Grippe, rougeole, papillomavirus : là où la France cale

Photo : Leeloo The First / Pexels
Les chiffres de couverture vaccinale racontent une histoire inégale. Selon Santé publique France, la vaccination antigrippale des plus de 65 ans plafonne autour de 50 %, loin de l’objectif de 75 % fixé par l’Organisation mondiale de la santé. Pour la rougeole, les résurgences observées ces dernières années tiennent à des poches de population insuffisamment immunisées, alors qu’il faudrait dépasser 95 % de couverture pour deux doses afin de couper la transmission.
Le papillomavirus reste le point noir. La campagne de vaccination lancée dans les collèges visait à protéger garçons et filles contre des cancers évitables, mais l’adhésion demeure en deçà des pays voisins comme le Royaume-Uni ou l’Australie, où la couverture dépasse largement les 80 % chez les adolescentes. La France, elle, peine à franchir la barre des 50 % chez les jeunes filles pour un schéma complet.
Un enjeu qui dépasse l’individu
La vaccination relève d’une logique collective. Chaque personne protégée réduit la circulation du virus pour les autres, notamment les nourrissons trop jeunes pour être vaccinés et les personnes immunodéprimées. C’est cette même logique de prévention qui traverse nos dossiers sur les programmes de référence en nutrition et prévention : agir en amont coûte toujours moins cher que soigner en aval.
Le calcul économique de la Sécu
C’est l’argument qui pourrait faire bouger les lignes budgétaires. D’après les estimations relayées par Challenges, un meilleur pilotage de la vaccination représenterait un gain de plusieurs dizaines de millions d’euros pour l’Assurance maladie. La mécanique est simple : chaque cas de rougeole évité, chaque hospitalisation pour grippe qui n’a pas lieu, chaque cancer du col de l’utérus prévenu par le vaccin HPV allège une facture qui pèse lourd.
La Cour des comptes insiste sur un point : la vaccination reste un levier de santé publique sous-exploité en France, alors même que son rapport coût-bénéfice est parmi les plus favorables de toute la médecine. Le carnet électronique n’est qu’un maillon d’une stratégie plus large que l’institution appelle de ses vœux.
- Élargir les compétences de vaccination aux pharmaciens et infirmiers, déjà engagée.
- Simplifier le parcours pour les rappels adultes, souvent oubliés.
- Cibler les territoires en tension sanitaire et les déserts médicaux, un angle que nous avons traité à propos de la fin des permanences SOS Médecins à Selongey.
2028 : un calendrier réaliste ?

Photo : Nataliya Vaitkevich / Pexels
Reste la question du délai. Bâtir un carnet numérique fiable, interopérable avec les logiciels des soignants et sécurisé sur le plan des données personnelles, n’a rien d’anodin. La France a déjà lancé Mon espace santé, socle sur lequel ce carnet vaccinal pourrait s’adosser. L’échéance de 2028 laisse le temps de tester, mais l’histoire récente des grands chantiers numériques de santé invite à la prudence.
Le succès dépendra aussi de l’adhésion des professionnels et des patients. Un outil qui n’est pas rempli reste vide. Encore faut-il que chaque acte vaccinal soit systématiquement tracé, quel que soit le lieu où il a été réalisé.
Questions fréquentes
Comment savoir si je suis à jour de mes vaccins aujourd’hui ?
Le plus simple reste de consulter votre médecin traitant ou votre pharmacien, qui peut vérifier votre statut à partir du calendrier vaccinal officiel. En l’absence de carnet, une prise de sang (sérologie) peut parfois confirmer votre immunité contre certaines maladies comme la rougeole. Un carnet électronique généralisé, tel que préconisé pour 2028, réglerait justement ce flou en centralisant l’information.
Le carnet de vaccination électronique sera-t-il obligatoire ?
La Cour des comptes recommande sa généralisation, mais aucune obligation individuelle n’est à ce stade décidée. L’outil viserait avant tout à faciliter le suivi et à améliorer la couverture vaccinale. Il pourrait s’intégrer à Mon espace santé, déjà disponible pour l’ensemble des assurés.
Pourquoi la couverture vaccinale française est-elle jugée insuffisante ?
Plusieurs vaccins restent sous les seuils recommandés : la grippe plafonne autour de 50 % chez les seniors selon Santé publique France, et le papillomavirus peine à dépasser 50 % chez les jeunes filles, contre plus de 80 % au Royaume-Uni. Le manque de suivi individuel, l’oubli des rappels adultes et les inégalités territoriales expliquent en grande partie ce retard.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



