- L’essai STAREE, présenté au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) 2024, a suivi plus de 9 300 seniors de plus de 70 ans.
- Les statines réduisent d’environ 30 % le risque d’un premier infarctus ou AVC, mais sans améliorer la survie globale ni l’autonomie.
- La décision de traiter doit rester individualisée, en pesant bénéfices cardiovasculaires et priorités de vie du patient âgé.
C’est une question que des millions de familles se posent : faut-il donner des statines après 70 ans à une personne en bonne santé, sans antécédent cardiaque, dans le seul but de prévenir un premier accident ? Jusqu’ici, la médecine naviguait à vue, faute d’essais spécifiquement dédiés à cette tranche d’âge. L’étude STAREE change la donne. Présentée en 2024 lors du congrès de la Société européenne de cardiologie et publiée ensuite dans une revue de référence, elle apporte un chiffre marquant : une réduction de près de 30 % du risque d’un premier infarctus ou AVC. Mais derrière ce résultat encourageant se cache une nuance essentielle, presque dérangeante : aucun gain démontré sur la durée de vie ni sur le maintien de l’indépendance. De quoi rouvrir un débat médical brûlant.
STAREE : un essai enfin conçu pour les seniors
Pendant des décennies, les grandes études sur les statines ont été menées majoritairement sur des adultes d’âge moyen. Les personnes très âgées, elles, étaient sous-représentées, obligeant les médecins à extrapoler. L’essai STAREE (STAtins in Reducing Events in the Elderly), piloté par des chercheurs australiens de l’Université Monash à Melbourne, comble ce vide.
Un protocole rigoureux
Le principe : un essai randomisé, en double aveugle, contre placebo — le standard le plus fiable en recherche clinique. Les caractéristiques clés :
- Plus de 9 300 participants âgés de 70 ans et plus, sans maladie cardiovasculaire ni diabète connus au départ.
- Une moitié recevait de l’atorvastatine (40 mg), l’autre un placebo.
- Un suivi moyen d’environ 4 ans et demi.
L’objectif était de trancher une question de prévention dite « primaire » : agir avant qu’un premier événement ne survienne, sur des personnes a priori en bonne santé.
Un bénéfice cardiovasculaire réel mais partiel

Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels
Les résultats confirment que la molécule fait bien son travail sur le plan vasculaire. Le risque de premier événement cardiovasculaire majeur — infarctus, AVC — recule d’environ 30 % chez les personnes traitées par rapport au placebo. Pour un public souvent considéré comme trop âgé pour bénéficier de la prévention, c’est un signal fort.
Ce que le cholestérol n’explique pas seul
Comme le rappellent plusieurs cardiologues, l’action des statines ne se limite pas à faire baisser le mauvais cholestérol (LDL). Elles exercent aussi des effets dits « pléiotropes » : stabilisation des plaques d’athérome, action anti-inflammatoire sur la paroi des artères. C’est probablement cette double action qui explique une partie du bénéfice observé. Pour ceux qui cherchent d’abord à agir par l’hygiène de vie, notre dossier sur comment baisser son LDL sans médicament détaille les leviers alimentaires et physiques disponibles.
La grande nuance : ni survie, ni autonomie améliorées
C’est ici que STAREE devient passionnant — et déstabilisant. Malgré la baisse des infarctus et AVC, l’étude ne montre aucun bénéfice significatif sur la mortalité globale. Autrement dit, les personnes traitées ne vivent pas statistiquement plus longtemps.
L’autonomie, ce critère qui compte pour les seniors
Les chercheurs de Monash avaient l’intelligence d’intégrer un critère rarement mesuré : le maintien de la vie sans handicap majeur, c’est-à-dire la capacité à vivre de façon indépendante. Or, sur ce point aussi, aucune différence notable n’a été relevée entre statines et placebo. Pour une population où la qualité de vie et l’autonomie priment souvent sur la simple longévité, cette absence de gain pèse lourd dans la balance décisionnelle.
- Ce qui est prouvé : moins d’infarctus et d’AVC.
- Ce qui n’est pas prouvé : vivre plus longtemps ou rester autonome plus longtemps.
- La conséquence : une décision qui doit se discuter au cas par cas.
Que faire concrètement à titre individuel ?

Photo : Vitaly Gariev / Pexels
Faut-il pour autant abandonner les statines chez les seniors ? Certainement pas. Le message des experts est plus subtil : personnaliser. Un patient de 72 ans en pleine forme, avec de nombreux facteurs de risque, ne relève pas de la même logique qu’une personne de 85 ans fragile et polymédiquée.
Les éléments à mettre dans la balance
- L’espérance de vie et l’état général de la personne.
- Le nombre d’autres médicaments déjà pris (risque d’interactions).
- La tolérance : douleurs musculaires, effets sur la glycémie.
- Les préférences du patient, notamment sur la notion de qualité de vie.
À côté du traitement, l’hygiène de vie reste un pilier incontournable. L’activité physique régulière, dont on redécouvre le rôle protecteur — comme le montre l’intérêt croissant pour la marche comme outil de santé —, et une alimentation équilibrée agissent en synergie sur le cœur. On sait aussi que certaines habitudes discrètes comptent : le simple fait de décaler ses repas de manière irrégulière pourrait peser sur le risque cardiovasculaire, un rappel que la prévention ne se résume jamais à une seule pilule.
Questions fréquentes
Faut-il arrêter ses statines après 70 ans ?
Non, surtout pas de votre propre initiative. L’étude STAREE concerne la prévention primaire (personnes sans maladie cardiovasculaire connue). Pour les patients ayant déjà fait un infarctus ou un AVC, le bénéfice des statines reste clairement établi. Toute modification de traitement doit être décidée avec votre médecin.
Pourquoi une baisse des infarctus sans allongement de la vie ?
Parce qu’à un âge avancé, d’autres causes de décès (cancers, maladies neurodégénératives, infections) prennent le relais. Réduire de 30 % les infarctus et AVC ne suffit pas toujours à décaler la mortalité globale sur une période de suivi d’environ 4 ans et demi, selon les données de STAREE.
Les statines ont-elles des effets secondaires chez les seniors ?
Les plus fréquents sont des douleurs musculaires et, plus rarement, une légère hausse de la glycémie. Chez les personnes âgées polymédiquées, le risque d’interactions médicamenteuses justifie une surveillance médicale régulière et une réévaluation périodique du traitement.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS
- Essai STAREE, Université Monash (Melbourne), présenté au congrès de la Société européenne de cardiologie (ESC) 2024
- Publication associée dans le New England Journal of Medicine / The Lancet — données sur la prévention cardiovasculaire primaire chez les plus de 70 ans
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



