- Un enfant de 6 ans est mort du scorbut en Australie, une maladie quasi disparue depuis près de deux siècles.
- Le scorbut résulte d’une carence sévère en vitamine C, essentielle à la fabrication du collagène (source : OMS).
- Un apport quotidien de fruits et légumes frais suffit à l’éviter : quelques milligrammes par jour changent tout.
Un mot qui sent la cale des navires du XVIIIe siècle, les marins aux gencives noires, les longues traversées sans une orange à bord. Et pourtant. En Australie, un enfant de 6 ans est mort du scorbut, une maladie qu’on croyait rangée dans les manuels d’histoire de la médecine. Le drame, rapporté par la presse australienne et relayé en France, a de quoi glacer : comment une pathologie liée à une simple carence en vitamine C peut-elle encore tuer un enfant dans un pays développé en 2026 ? Le scorbut enfant reste exceptionnel, mais ce cas rappelle que la vitamine C n’est pas un luxe. Notre corps ne sait ni la fabriquer ni la stocker durablement. Sans apport régulier, l’organisme se délite lentement — vaisseaux qui cèdent, os fragilisés, cicatrisation impossible. Un signal d’alarme sur la fragilité de nos assiettes modernes.
Le scorbut, cette maladie qu’on croyait morte
Le scorbut a longtemps été le cauchemar des grandes explorations maritimes. On estime qu’il a tué plus de deux millions de marins entre le XVe et le XVIIIe siècle. C’est le chirurgien écossais James Lind qui, en 1747, démontre par l’un des premiers essais cliniques de l’histoire que les agrumes guérissent la maladie. La vitamine C elle-même ne sera isolée qu’en 1932 par le biochimiste hongrois Albert Szent-Györgyi, futur prix Nobel.
Ce qui se passe dans le corps
La vitamine C, ou acide ascorbique, joue un rôle central dans la synthèse du collagène, cette protéine qui tient ensemble la peau, les vaisseaux sanguins, les os et les tendons. Privé d’elle, le corps ne peut plus réparer ses tissus. Les manifestations arrivent après plusieurs semaines à quelques mois de carence :
- fatigue intense et irritabilité inexpliquées ;
- saignements des gencives, dents qui se déchaussent ;
- ecchymoses au moindre choc, hémorragies sous-cutanées ;
- douleurs osseuses et articulaires, particulièrement marquées chez l’enfant ;
- plaies qui refusent de cicatriser.
Chez le jeune enfant, la maladie prend une forme particulière décrite dès 1883, la maladie de Barlow, avec des douleurs des membres si vives que l’enfant refuse de bouger. C’est parfois ce symptôme trompeur qui retarde le diagnostic, confondu avec des affections rhumatologiques.
Comment une maladie du passé refait surface

Photo : Vanessa Loring / Pexels
On aurait tort de penser que le scorbut appartient définitivement au passé. Plusieurs équipes hospitalières signalent depuis quelques années une résurgence discrète, y compris dans les pays riches. Une étude publiée dans The Medical Journal of Australia a documenté une série de cas de scorbut chez des adultes diabétiques, souvent passés inaperçus des mois durant.
Qui est vraiment concerné
Le profil des patients touchés aujourd’hui dessine une carte des vulnérabilités sociales et médicales. Sont particulièrement à risque :
- les personnes en situation de précarité alimentaire, avec un accès limité aux fruits et légumes frais ;
- les enfants avec des troubles alimentaires sévères ou des régimes très restrictifs, notamment certains troubles du spectre autistique ;
- les personnes souffrant d’alcoolisme chronique ou de maladies inflammatoires de l’intestin ;
- les régimes construits presque exclusivement autour d’aliments ultra-transformés, pauvres en micronutriments.
Le cas australien s’inscrit dans cette logique : selon les éléments rapportés, l’enfant présentait une alimentation extrêmement sélective. Un rappel que les carences ne frappent pas que dans les pays en développement — elles se glissent aussi dans nos placards remplis mais mal composés. À l’image de nombreux dossiers de santé de l’enfant, la question de l’environnement quotidien des plus jeunes revient en filigrane.
Combien de vitamine C, et où la trouver
La bonne nouvelle, c’est que prévenir le scorbut coûte quelques centimes et demande peu d’efforts. Les recommandations de l’ANSES fixent l’apport de référence à environ 110 mg de vitamine C par jour pour un adulte, un peu moins pour un enfant selon l’âge. En pratique, l’organisme n’a besoin que de 10 mg quotidiens pour éviter la maladie clinique — une marge de sécurité considérable.
Les sources les plus efficaces
Nul besoin de compléments alimentaires dans la grande majorité des cas. L’assiette suffit largement :
- le poivron rouge cru, championne discrète avec près de 120 mg pour 100 g ;
- le kiwi, les agrumes, les fraises ;
- le persil et les herbes fraîches ;
- les choux, brocolis et légumes verts, à condition de ne pas trop les cuire.
Un détail compte : la vitamine C est fragile, sensible à la chaleur et à l’oxydation. Une cuisson prolongée peut détruire une bonne partie de son contenu. Privilégier le cru ou les cuissons rapides préserve l’essentiel. Au-delà de la vitamine C, cet épisode invite à repenser globalement la qualité de ce qu’on met dans nos assiettes — un sujet qu’on retrouve dans nos analyses sur les choix alimentaires du quotidien. Et ces choix pèsent aussi sur le moral : manger équilibré et partager ses repas agit sur bien plus que le seul corps.
Questions fréquentes

Photo : Tara Winstead / Pexels
Le scorbut peut-il vraiment tuer aujourd’hui ?
Oui, mais cela reste exceptionnel. Non traité, le scorbut évolue vers des hémorragies internes, une défaillance cardiaque et des infections graves. La mort survient généralement après plusieurs mois de carence totale non prise en charge. Traité par supplémentation en vitamine C, il guérit en quelques jours à quelques semaines, souvent sans séquelle.
Combien de temps faut-il sans vitamine C pour développer un scorbut ?
Les premiers signes cliniques apparaissent généralement après 1 à 3 mois d’apport quasi nul. Le corps dispose d’une réserve limitée d’environ 1 500 mg qui s’épuise progressivement. C’est pourquoi la maladie s’installe insidieusement, sans symptôme brutal au départ, ce qui complique le diagnostic.
Faut-il prendre des compléments de vitamine C par précaution ?
Pour la plupart des gens, non. Une alimentation comportant quelques fruits et légumes frais par jour couvre largement les besoins. Les compléments ne sont utiles que dans des situations à risque documentées : précarité, troubles alimentaires sévères, malabsorption. Un excès de vitamine C par supplément est éliminé dans les urines et n’apporte aucun bénéfice supplémentaire.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS
- Organisation mondiale de la Santé (OMS) — Micronutrient deficiencies
- ANSES — Références nutritionnelles vitamine C ; The Medical Journal of Australia — Scurvy case reports
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



