- Une étude du New England Journal of Medicine (2024) a détecté des microplastiques dans les plaques d’athérome de 58 % des patients suivis.
- Ces particules sont associées à un risque d’infarctus, d’AVC ou de décès multiplié par 4,5 sur trois ans.
- Réduire l’usage du plastique alimentaire chauffé et privilégier l’eau du robinet filtrée limite l’exposition.
Le chiffre a fait sursauter la communauté scientifique : chez 58 % des patients opérés d’une plaque de la carotide, des microplastiques ont été retrouvés incrustés dans les tissus artériels. Cette découverte, publiée dans le prestigieux New England Journal of Medicine par l’équipe du Pr Raffaele Marfella (Université de Campanie, Italie), a relancé un débat brûlant : les microplastiques et la santé cardiovasculaire seraient-ils bien plus liés qu’on ne le pensait ? « Nous ne nous attendions pas à ça », confiaient les chercheurs face à l’ampleur du signal. Ces fragments issus de la dégradation des plastiques, invisibles à l’œil nu, semblent désormais coloniser nos organes les plus vitaux : artères, cerveau, foie. Faut-il paniquer pour autant ? Entre alarmisme et minimisation, la vérité scientifique mérite une lecture rigoureuse.
Ce que révèle vraiment l’étude sur les artères
Publiée en mars 2024, l’étude italienne a suivi 257 patients ayant subi une endartériectomie carotidienne, une opération visant à retirer une plaque d’athérome. Résultat : 150 patients (58,4 %) présentaient du polyéthylène dans leur plaque, et 31 y avaient aussi du chlorure de polyvinyle (PVC).
Un risque cardiovasculaire multiplié par 4,5
Le point le plus inquiétant tient dans le suivi. Sur une durée moyenne de 34 mois, les patients porteurs de microplastiques dans leurs artères ont présenté un risque d’infarctus du myocarde, d’AVC ou de décès toutes causes confondues multiplié par 4,53 par rapport aux patients « sans plastique ». Un chiffre qui a électrisé les cardiologues du monde entier.
- 58,4 % des patients concernés par la présence de microplastiques
- 21,7 microgrammes de plastique par milligramme de plaque en moyenne
- x4,53 : l’augmentation du risque d’événement cardiovasculaire majeur
Attention toutefois : comme le rappelle le Journal International de Médecine, il s’agit d’une association statistique, pas d’une preuve de causalité. Les microplastiques pourraient être un marqueur d’un mode de vie plus exposé à la pollution plutôt qu’un facteur causal direct. La prudence méthodologique s’impose, comme lorsqu’on évalue des travaux fragilisés — à l’image de l’étude sur l’hydroxychloroquine finalement retirée.
Cerveau, foie : où se logent les microplastiques ?

Photo : Çağrı KANMAZ / Pexels
Au-delà des artères, une autre étude publiée dans Nature Medicine en février 2025, menée par l’équipe de Matthew Campen (Université du Nouveau-Mexique), a analysé des tissus post-mortem. Les chercheurs y ont retrouvé des concentrations de microplastiques et nanoplastiques particulièrement élevées dans le cerveau.
La fameuse « cuillère de plastique » : à nuancer fortement
Les médias ont largement relayé l’image choc d’une « cuillère de plastique » présente dans le cerveau. Selon l’étude, les échantillons cérébraux contiendraient jusqu’à 7 grammes de plastique par kilogramme de tissu, soit l’équivalent d’une cuillère à café. Mais comme l’a souligné RTL en interrogeant plusieurs toxicologues, cette estimation repose sur une méthode de mesure controversée qui pourrait surestimer les résultats.
- Les techniques de spectrométrie utilisées peuvent confondre certaines molécules organiques avec du plastique
- Aucune démonstration n’établit à ce jour d’effet toxique direct sur les neurones humains
- Les concentrations mesurées varient énormément selon les protocoles employés
Autrement dit, si la présence de microplastiques dans l’organisme ne fait plus débat, leur impact sanitaire réel reste largement à démontrer. Les liens évoqués avec certaines pathologies neurodégénératives, à l’instar de celles décrites dans notre dossier sur la parole des malades d’Alzheimer, relèvent encore de l’hypothèse et non de la certitude scientifique.
Trois maladies chroniques dans le viseur des chercheurs
L’article de Futura-Sciences pointe trois grandes familles de maladies chroniques potentiellement associées à l’exposition aux microplastiques, sur la base des données émergentes.
Cardiovasculaire, métabolique et inflammatoire
- Les maladies cardiovasculaires : infarctus et AVC, en lien avec la présence de particules dans les plaques d’athérome.
- Les troubles métaboliques : certains plastiques agissent comme des perturbateurs endocriniens, potentiellement impliqués dans les déséquilibres hormonaux et la prise de poids. Un sujet que nous avons exploré dans notre article sur la perte de poids et les hormones féminines.
- Les états inflammatoires chroniques : les microplastiques déclencheraient une réponse immunitaire de bas grade, entretenant une inflammation silencieuse.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les données actuelles restent insuffisantes pour conclure à un risque avéré pour la santé humaine aux niveaux d’exposition actuels. L’OMS appelle néanmoins à intensifier la recherche, tant les zones d’ombre demeurent nombreuses.
Comment réduire son exposition au quotidien ?

Photo : Dylann Hendricks / Pexels
Face à l’incertitude, le principe de précaution encourage des gestes simples. Une étude de l’Université McGill (2019) estimait que nous ingérons entre 39 000 et 52 000 particules de microplastiques par an, chiffre qui grimpe jusqu’à 90 000 pour les buveurs d’eau en bouteille.
Les réflexes concrets validés par la science
- Privilégier l’eau du robinet filtrée plutôt que l’eau en bouteille plastique
- Éviter de chauffer des aliments dans des contenants plastiques au micro-ondes
- Aérer régulièrement son intérieur, la poussière domestique étant une source majeure
- Limiter les textiles synthétiques et privilégier les fibres naturelles
- Réduire les emballages plastiques alimentaires au profit du verre ou de l’inox
Ces habitudes s’inscrivent dans une démarche globale de bien-être et de prévention, au même titre que le soin apporté à son microbiote via la diversité végétale.
Questions fréquentes
Les microplastiques dans les artères prouvent-ils qu’ils causent l’infarctus ?
Non. L’étude italienne du New England Journal of Medicine (2024) montre une association statistique forte, avec un risque multiplié par 4,53, mais pas une relation de cause à effet. La présence de microplastiques pourrait être le reflet d’une exposition environnementale globale. D’autres études sont nécessaires pour établir une causalité directe.
Y a-t-il vraiment une cuillère de plastique dans notre cerveau ?
Cette affirmation, issue d’une étude parue dans Nature Medicine (2025) évoquant 7 g/kg de tissu, doit être fortement nuancée. Plusieurs toxicologues estiment que la méthode de mesure surestime probablement les résultats. Aucun effet toxique cérébral direct n’a été démontré chez l’humain à ce jour.
Comment réduire concrètement mon exposition aux microplastiques ?
Buvez de l’eau du robinet filtrée plutôt qu’en bouteille (jusqu’à 90 000 particules ingérées/an pour l’eau en bouteille selon McGill), ne chauffez jamais d’aliments dans du plastique, aérez votre logement et privilégiez le verre ou l’inox pour conserver vos aliments.
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📚 Sources :
- Source originale — Article RSS Futura-Sciences
- Marfella R. et al., « Microplastics and Nanoplastics in Atheromas and Cardiovascular Events », New England Journal of Medicine, 2024
- Campen M. et al., « Bioaccumulation of microplastics in decedent human brains », Nature Medicine, 2025 ; Organisation mondiale de la santé (OMS), rapports sur les microplastiques
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



