- Le kuru a causé plus de 2 500 décès chez le peuple Fore de Papouasie selon les données épidémiologiques de l’OMS
- La maladie a mené à la découverte des prions, valant le prix Nobel de médecine 1997 à Stanley Prusiner
- Comprendre les prions éclaire aujourd’hui la recherche sur Alzheimer et Parkinson
Imaginez une maladie qui fait littéralement trembler ses victimes jusqu’à la mort, transmise non par un virus ou une bactérie, mais par un simple rituel funéraire. C’est l’histoire glaçante de la maladie du kuru, qui a frappé le peuple Fore des hautes terres de Papouasie-Nouvelle-Guinée au milieu du XXe siècle. Selon les travaux publiés dans The Lancet, cette pathologie neurodégénérative a tué plusieurs milliers de personnes, majoritairement des femmes et des enfants. Son nom, « kuru », signifie « trembler de peur » ou « frisson » dans la langue Fore. Derrière ce drame se cache l’une des découvertes les plus révolutionnaires de la neurologie moderne : celle des prions, ces protéines mal repliées capables de propager la maladie sans ADN ni ARN. Un mystère médical dont les échos résonnent encore dans nos laboratoires.
Le kuru : anatomie d’une épidémie née d’un rituel
Dans les années 1950, les médecins occidentaux découvrent avec stupeur une épidémie inexpliquée chez les Fore. Les victimes développaient des tremblements incontrôlables, une perte de coordination motrice (ataxie), puis des accès de rire ou d’émotion incontrôlés — d’où le surnom de « maladie du rire ». En quelques mois, la mort était inéluctable.
Un mode de transmission stupéfiant
L’enquête épidémiologique menée notamment par le médecin américain Daniel Carleton Gajdusek a mis en lumière un lien avec les rites d’endocannibalisme funéraire. En signe de respect et de deuil, les Fore consommaient les corps de leurs défunts. Les femmes et les enfants, chargés de préparer les dépouilles, ingéraient les tissus les plus infectieux — notamment le cerveau, riche en prions.
- Le taux d’incidence pouvait atteindre plus de 1 % de la population dans certains villages, selon les données historiques compilées par le National Institutes of Health (NIH)
- La période d’incubation s’étalait de 4 à 40 ans, expliquant l’apparition de cas des décennies après l’interdiction du rituel
- L’arrêt progressif du cannibalisme dans les années 1950-1960 a fait chuter l’incidence quasiment à zéro
Gajdusek recevra le prix Nobel de physiologie ou médecine en 1976 pour avoir démontré la nature transmissible de cette pathologie, ouvrant un champ de recherche entièrement nouveau.
Les prions : quand une protéine devient contagieuse

Photo : MART PRODUCTION / Pexels
Ce qui rendait le kuru si déroutant, c’est l’absence totale d’agent infectieux classique. Pas de virus, pas de bactérie détectable. La réponse est venue du neurologue américain Stanley Prusiner, qui a forgé en 1982 le concept de « prion » — contraction de proteinaceous infectious particle.
Un mécanisme unique dans le vivant
Prusiner, récompensé par le prix Nobel de médecine en 1997, a démontré que les prions sont des protéines normales du cerveau (la protéine PrP) qui, une fois mal repliées, deviennent pathogènes. Plus troublant encore : elles contaminent les protéines saines voisines, provoquant une réaction en chaîne qui « troue » littéralement le cerveau, lui donnant un aspect spongieux — d’où le terme d’encéphalopathies spongiformes.
- Les prions résistent à la chaleur, aux rayonnements UV et aux traitements chimiques qui détruisent virus et bactéries
- La même famille de maladies inclut la maladie de Creutzfeldt-Jakob et la fameuse « maladie de la vache folle » (ESB), qui a provoqué une crise sanitaire majeure au Royaume-Uni dans les années 1990
- Selon Nature, la compréhension du mauvais repliement protéique éclaire aujourd’hui d’autres pathologies neurodégénératives
Cette notion de protéine « toxique » qui se propage a des résonances directes avec la recherche actuelle. Le rôle de l’alimentation et du mode de vie dans la santé cérébrale fait d’ailleurs l’objet d’un intérêt croissant, comme le montre notre dossier sur le lien entre Alzheimer et l’assiette.
Ce que le kuru enseigne à la médecine d’aujourd’hui
Loin d’être une simple curiosité historique, le kuru continue d’irriguer la recherche neurologique du XXIe siècle. Les mécanismes de propagation des protéines mal repliées observés dans les maladies à prions présentent des similitudes troublantes avec ceux d’Alzheimer (protéine bêta-amyloïde et tau) et de Parkinson (alpha-synucléine).
Une piste pour les neurodégénérescences modernes
Des chercheurs de l’INSERM et d’équipes internationales explorent l’hypothèse d’une « propagation de type prion » dans ces maladies bien plus répandues. Comprendre comment stopper la réaction en chaîne protéique pourrait déboucher sur des traitements. La recherche sur les affections neurodégénératives connaît d’ailleurs une effervescence, comme en témoignent les initiatives d’ouverture au public telles que la journée recherche sur Parkinson à Besançon.
- Selon l’OMS, la maladie de Creutzfeldt-Jakob touche environ 1 à 2 personnes par million chaque année dans le monde
- La surveillance sanitaire des dons de sang et des instruments chirurgicaux reste renforcée en raison de la résistance des prions à la stérilisation classique
- Une variante génétique protectrice contre le kuru a été identifiée chez certains Fore, ouvrant des pistes sur la résistance naturelle aux prions
Le kuru illustre aussi combien nos comportements — ici un rituel culturel — peuvent influencer la santé, un principe qui s’applique à l’échelle individuelle dans nos choix quotidiens de vie et d’alimentation, comme nous l’évoquons dans notre article sur le lien entre nutrition et humeur.
Questions fréquentes

Photo : Tima Miroshnichenko / Pexels
Le kuru existe-t-il encore aujourd’hui ?
La maladie a pratiquement disparu depuis l’abandon des rites cannibales dans les années 1950-1960. En raison de sa longue période d’incubation (jusqu’à 40 ans), quelques cas isolés ont été recensés jusque dans les années 2000, mais aucune transmission nouvelle n’est possible sans le rituel d’origine. L’épidémie est aujourd’hui considérée comme éteinte.
Peut-on comparer le kuru à la maladie d’Alzheimer ?
Il ne s’agit pas de la même maladie, mais les mécanismes présentent des similitudes. Dans les deux cas, des protéines mal repliées s’accumulent dans le cerveau et endommagent les neurones. Des chercheurs de l’INSERM étudient si les protéines d’Alzheimer et de Parkinson se propagent selon un modèle proche de celui des prions, ce qui pourrait ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques.
Les prions représentent-ils encore un risque sanitaire ?
Le risque existe mais reste très faible et strictement encadré. La maladie de Creutzfeldt-Jakob, apparentée au kuru, touche environ 1 à 2 personnes par million selon l’OMS. Les autorités sanitaires maintiennent une surveillance renforcée des dons de sang, des greffes et des instruments chirurgicaux, car les prions résistent aux méthodes de stérilisation habituelles.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



