- Seulement 2% des dépenses de santé françaises vont à la prévention (DREES, 2023)
- Le Pr Franck Chauvin dénonce un système pensé pour prolonger la vie des aînés, pas pour protéger les jeunes
- L’espérance de vie en bonne santé stagne autour de 65 ans, loin de l’espérance de vie brute
Un chiffre résume tout le malaise : près de 80% des dépenses de santé en France sont curatives, contre environ 2% consacrées à la prévention, d’après les données de la DREES. C’est ce déséquilibre que le Pr Franck Chauvin, ancien président du Haut Conseil de la santé publique et figure de la santé publique française, met sur la table dans un entretien retentissant. Sa formule claque : notre système est conçu pour faire vivre plus longtemps les plus âgés, pas pour protéger les plus jeunes. Derrière la provocation, un diagnostic sérieux sur la manière dont la France organise — et finance — la santé de sa population. La prévention santé des jeunes reste le parent pauvre d’un modèle qui investit massivement dans la réparation, une fois la maladie installée. Or c’est dès l’enfance et l’adolescence que se jouent les grands déterminants du vieillissement.
Un système bâti sur la réparation
La médecine française excelle dans le soin aigu. Chirurgie, cardiologie interventionnelle, oncologie de pointe : quand la maladie frappe, l’hôpital sait faire. Chauvin ne remet pas en cause cette compétence. Ce qu’il pointe, c’est l’orientation profonde d’un système qui mobilise ses moyens là où la pathologie est déjà déclarée, souvent chez des patients âgés porteurs de plusieurs maladies chroniques.
Où va vraiment l’argent
Les personnes de plus de 65 ans concentrent une part disproportionnée des remboursements de l’Assurance maladie. C’est logique : c’est là que les besoins de soins explosent. Mais cette concentration finit par structurer tout le reste. Les innovations, les priorités budgétaires, l’organisation hospitalière — tout gravite autour du traitement des affections avancées.
- Environ 2% du budget santé fléché vers la prévention (DREES)
- Les maladies chroniques représentent plus de 60% des dépenses de l’Assurance maladie
- L’hypertension, souvent silencieuse, touche déjà des millions de Français avant 60 ans
Cette dernière pathologie illustre parfaitement le paradoxe. On la traite à grands frais quand elle a déjà abîmé les artères, alors qu’elle se dépiste et se contrôle en amont. Nous en parlions dans notre enquête sur l’hypertension, cette tueuse silencieuse qui touche 17 millions de Français.
Les jeunes, grands oubliés du modèle

Photo : Los Muertos Crew / Pexels
C’est le cœur de l’alerte de Franck Chauvin. La santé d’un adulte de 70 ans se construit trente ou quarante ans plus tôt. Alimentation, activité physique, tabac, alcool, environnement : les habitudes prises à l’adolescence dessinent la courbe des maladies futures. Négliger cette fenêtre, c’est fabriquer les patients chroniques de demain.
Des signaux inquiétants
Les indicateurs de santé des jeunes générations ne rassurent pas. Sédentarité en hausse, surpoids infantile, santé mentale dégradée depuis la pandémie. Santé publique France documente une progression de la détresse psychologique chez les 18-24 ans depuis 2020. Et pourtant les moyens dédiés à la prévention scolaire, à la médecine du travail des jeunes actifs ou au dépistage précoce restent faméliques.
- La médecine scolaire manque cruellement de personnel, avec un médecin pour plusieurs milliers d’élèves dans certaines académies
- L’activité physique recule chez les adolescents, alors que l’OMS recommande 60 minutes quotidiennes
- Les déterminants sociaux creusent les écarts dès la naissance
Le pouvoir de gestes simples est pourtant documenté. La marche régulière, par exemple, agit sur le poids, le cœur et le moral sans coûter un centime. Nous avons détaillé ce pouvoir sous-estimé de la marche, une habitude qui devrait s’installer tôt. Idem pour l’assiette : les repères nutritionnels comme ceux du PNNS, que nous avons présentés dans notre article sur les programmes de référence en nutrition et prévention, portent leurs fruits quand ils s’ancrent dès l’enfance.
Espérance de vie contre espérance de vie en bonne santé
Là se niche le vrai débat. La France affiche une espérance de vie parmi les plus élevées d’Europe : plus de 85 ans pour les femmes, plus de 79 ans pour les hommes selon l’INSEE. Mais l’espérance de vie en bonne santé, celle passée sans limitation d’activité, plafonne autour de 65 ans chez les femmes et 64 ans chez les hommes, d’après Eurostat et la DREES.
Ajouter des années de qualité, pas seulement des années
Le message de Chauvin tient dans cet écart d’environ vingt ans. On sait prolonger la vie. On peine à prolonger la vie en pleine forme. Investir dans la prévention des jeunes, c’est précisément travailler à réduire ce fossé — retarder l’entrée dans la dépendance, comprimer la morbidité en fin de vie plutôt que la subir.
- Espérance de vie brute : plus de 82 ans en moyenne (INSEE)
- Espérance de vie sans incapacité : environ 64-65 ans (Eurostat)
- L’écart mesure le potentiel de gains liés à la prévention
Des marqueurs simples permettent déjà de suivre ce vieillissement en santé. La vitesse à laquelle on monte un escalier, par exemple, en dit long sur l’état cardiovasculaire, comme le montre notre article sur ce que votre vitesse dans les escaliers révèle après 60 ans. Ces indicateurs de terrain valent mieux qu’une intervention lourde une fois le mal installé.
Renverser la logique : est-ce possible ?

Photo : Gustavo Fring / Pexels
Chauvin plaide pour un basculement culturel autant que budgétaire. Sortir d’une santé qui attend la maladie pour agir. Cela suppose de financer la prévention comme un investissement, non comme une dépense accessoire qu’on rogne à la première contrainte budgétaire. L’idée n’est pas nouvelle — les rapports s’empilent — mais l’inertie du système est considérable.
Quelques pistes reviennent régulièrement chez les spécialistes de santé publique :
- Renforcer massivement la médecine scolaire et les bilans de santé aux âges clés
- Cibler les déterminants sociaux dès la petite enfance
- Faire de l’activité physique et de la nutrition des priorités de politique publique
- Développer le dépistage précoce plutôt que le traitement tardif
Le pari est de long terme, ce qui le rend politiquement ingrat : les bénéfices se mesurent dans vingt ou trente ans, bien au-delà d’un mandat. C’est peut-être là le vrai verrou. Un système qui récompense le visible et l’immédiat protège mal ceux dont la santé se joue dans le silence des années qui viennent.
Questions fréquentes
La France dépense-t-elle vraiment si peu pour la prévention ?
Selon la DREES, la part des dépenses de santé consacrée à la prévention institutionnelle avoisine 2%, contre près de 80% pour les soins curatifs. Même en comptant la prévention intégrée aux consultations, la France reste en dessous de la moyenne des pays développés en matière d’investissement préventif.
Pourquoi l’espérance de vie en bonne santé stagne-t-elle ?
Parce que gagner des années de vie ne signifie pas les vivre en pleine forme. L’espérance de vie sans incapacité plafonne autour de 64-65 ans selon Eurostat, alors que l’espérance de vie brute dépasse 82 ans. L’écart reflète le poids des maladies chroniques mal prévenues en amont.
Que peut faire un jeune adulte concrètement ?
Les leviers les plus efficaces sont accessibles : bouger au moins 30 minutes par jour, limiter tabac et alcool, adopter une alimentation riche en fruits, légumes et fibres, et suivre ses indicateurs de base comme la tension. Ces habitudes prises tôt réduisent fortement le risque de maladies chroniques après 50 ans.
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📚 Sources :
- Source originale — Le Figaro Santé (article RSS)
- DREES — Comptes de la santé, dépenses de prévention (2023)
- Eurostat & INSEE — Espérance de vie et espérance de vie en bonne santé, données 2023
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



