- Plus de 90 % des adultes hébergent le virus d’Epstein-Barr (EBV) selon l’OMS, à l’état dormant.
- Des études publiées dans Nature et Cell associent l’infection au SARS-CoV-2 à une réactivation de virus latents, notamment dans le Covid long.
- Renforcer son immunité par le sommeil, la nutrition et la gestion du stress reste la meilleure protection.
Et si le Covid-19 laissait derrière lui bien plus qu’une simple toux persistante ? Une hypothèse scientifique de plus en plus documentée intrigue les chercheurs : l’infection par le SARS-CoV-2 pourrait provoquer la réactivation de virus dormants tapis dans notre organisme depuis parfois des décennies. Le premier suspect ? Le virus d’Epstein-Barr (EBV), responsable de la mononucléose, que plus de 90 % des adultes portent silencieusement, selon l’OMS. Ce phénomène de réveil viral est aujourd’hui étudié comme une piste sérieuse pour comprendre le Covid long, ce syndrome invalidant qui touche des millions de personnes. Loin des scénarios alarmistes, la réalité scientifique mérite d’être expliquée avec nuance. Que sait-on vraiment ? Quels virus sont concernés ? Et surtout, comment protéger son système immunitaire ? Décryptage d’une actualité qui rappelle que notre corps abrite un écosystème viral dont l’équilibre reste fragile.
Le concept de virus dormants : un héritage viral silencieux
Contrairement à une idée répandue, guérir d’une infection virale ne signifie pas toujours éliminer totalement le virus. Certains agents pathogènes, notamment la famille des Herpesviridae, adoptent une stratégie redoutable : la latence. Après l’infection initiale, ils s’installent durablement dans nos cellules sans se manifester, prêts à se réactiver lors d’un affaiblissement immunitaire.
Quels sont ces virus qui sommeillent en nous ?
- Le virus d’Epstein-Barr (EBV) : présent chez 90 à 95 % de la population adulte mondiale selon l’OMS, il persiste dans les lymphocytes B.
- Le virus varicelle-zona (VZV) : responsable de la varicelle dans l’enfance, il peut se réveiller sous forme de zona à l’âge adulte.
- Le cytomégalovirus (CMV) : porté par environ 50 % des adultes en France selon Santé publique France.
- Les herpès simplex (HSV-1 et HSV-2) : à l’origine des poussées d’herpès labial ou génital.
Ces virus cohabitent avec nous en silence, maintenus sous contrôle par notre système immunitaire. C’est précisément lorsque cet équilibre est perturbé — stress intense, immunodépression, autre infection — que le réveil peut survenir.
Ce que dit la recherche sur le lien Covid-19 et réactivation virale

Photo : Edward Jenner / Pexels
L’hypothèse d’un lien entre le SARS-CoV-2 et le réveil de virus latents n’est pas anecdotique. Plusieurs équipes internationales l’ont explorée avec des résultats convergents.
L’Epstein-Barr au cœur du Covid long
Une étude publiée dans la revue Cell en 2022, menée par le professeur Akiko Iwasaki de l’université Yale, a identifié la réactivation de l’EBV comme l’un des quatre facteurs biologiques les plus fortement associés au développement d’un Covid long. Les patients concernés présentaient des marqueurs sanguins de réactivation de l’EBV dès la phase aiguë de l’infection.
De son côté, une recherche parue dans la revue Pathogens avait déjà montré, dès 2021, que près de 66 % des patients atteints de Covid long présentaient des signes de réactivation de l’EBV, contre seulement 10 % dans le groupe témoin. Ces chiffres, bien que devant être confirmés à plus grande échelle, ouvrent une piste sérieuse pour comprendre la fatigue chronique caractéristique du syndrome.
Un phénomène observé aussi avec le zona
Plusieurs publications, dont une analyse relayée dans The Lancet, ont rapporté une augmentation des cas de zona chez les personnes ayant contracté le Covid-19. Le mécanisme suspecté : la perturbation transitoire de l’immunité cellulaire provoquée par le SARS-CoV-2, qui lèverait le contrôle exercé sur ces virus latents. Comme le souligne cette actualité relayée par Le Progrès, ces observations invitent à surveiller de près l’après-Covid.
Comprendre pourquoi le Covid affaiblit nos défenses
Pour saisir ce mécanisme, il faut comprendre l’impact du SARS-CoV-2 sur le système immunitaire. L’infection déclenche une réponse inflammatoire parfois massive, susceptible de désorganiser temporairement l’action des lymphocytes T, ces cellules chargées de tenir en respect les virus dormants.
Le rôle central du stress et du mode de vie
La réactivation virale n’est pas propre au Covid. Le stress chronique, par exemple, est un facteur bien connu de réveil des herpèsvirus. Or, l’hormone du stress — le cortisol — joue un rôle immunosuppresseur lorsqu’elle reste élevée durablement. Nous avions détaillé ce mécanisme dans notre article sur le cortisol et les réveils nocturnes, qui illustre à quel point l’équilibre hormonal conditionne notre santé globale.
De même, la qualité du sommeil est un pilier de l’immunité. Un repos insuffisant altère la production de cellules immunitaires. Comprendre son chronotype pour optimiser son sommeil peut ainsi contribuer indirectement à mieux contrôler ces virus latents.
Quels signaux doivent alerter ?
- Une fatigue intense et persistante après une infection Covid.
- L’apparition d’un zona douloureux (éruption cutanée en bande, sur un côté du corps).
- Des ganglions gonflés ou une fièvre inexpliquée dans les semaines suivant le Covid.
- Des maux de gorge récurrents évoquant une mononucléose.
En présence de ces symptômes, une consultation médicale s’impose pour établir un diagnostic précis, seul un professionnel pouvant prescrire les examens sanguins adaptés.
Comment renforcer ses défenses immunitaires au quotidien

Photo : Edward Jenner / Pexels
Face à ce phénomène, la meilleure stratégie reste le renforcement d’une immunité robuste. Aucune méthode miracle, mais des fondamentaux validés par la science :
- Dormir 7 à 9 heures par nuit, durée recommandée par l’INSERM pour une régénération immunitaire optimale.
- Adopter une alimentation variée riche en fruits, légumes et oméga-3, essentiels au fonctionnement cellulaire.
- Pratiquer une activité physique régulière, qui module positivement la réponse immunitaire.
- Gérer son stress via des techniques de respiration, de méditation ou de relaxation.
L’activité physique mérite une attention particulière : elle agit non seulement sur l’immunité mais aussi sur le moral. Nous l’avons détaillé dans notre dossier sur l’exercice comme médicament naturel, un allié aux multiples bénéfices.
Questions fréquentes
Le Covid-19 réveille-t-il systématiquement les virus dormants ?
Non. La réactivation virale ne concerne pas tous les patients. Selon l’étude parue dans Cell sous la direction du professeur Akiko Iwasaki (Yale), la réactivation de l’EBV est surtout observée chez les personnes développant un Covid long. La majorité des personnes infectées ne subit aucune réactivation notable, notamment celles bénéficiant d’un système immunitaire performant.
Faut-il faire des analyses après un Covid pour vérifier ces virus ?
Pas de manière systématique. Un dépistage n’est pertinent qu’en présence de symptômes évocateurs (fatigue chronique, zona, fièvre inexpliquée). Dans ce cas, votre médecin pourra prescrire une sérologie EBV ou d’autres examens ciblés. Il est essentiel de ne pas s’auto-diagnostiquer et de consulter un professionnel de santé.
Peut-on éliminer définitivement les virus latents comme l’EBV ?
Non, il n’existe aucun traitement permettant d’éradiquer totalement les herpèsvirus une fois installés. En revanche, un système immunitaire en bonne santé les maintient efficacement sous contrôle. C’est pourquoi les mesures d’hygiène de vie — sommeil, nutrition, gestion du stress — restent la meilleure prévention contre leur réactivation.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



