- Selon une étude du British Medical Journal (2024) portant sur 8,9 millions de décès, seuls 0,91 % des chauffeurs de taxi meurent de la maladie d’Alzheimer.
- La navigation spatiale constante stimulerait l’hippocampe, région clé de la mémoire et l’une des premières touchées par la maladie.
- Rien ne prouve encore un lien de cause à effet : l’activité cognitive complexe reste néanmoins une piste sérieuse de prévention.
Voilà une statistique qui bouscule les idées reçues. Parmi 443 professions analysées et près de 9 millions de décès enregistrés aux États-Unis, les chauffeurs de taxi et les ambulanciers présentent le taux de mortalité par maladie d’Alzheimer le plus bas jamais observé. Publiée fin 2024 dans le prestigieux British Medical Journal (BMJ), cette recherche menée par des équipes du Massachusetts General Hospital et de la Harvard Medical School relance le débat sur le rôle protecteur de la navigation spatiale. Chez les chauffeurs de taxi Alzheimer semble reculer : 0,91 % de mortalité liée à cette maladie, contre 1,69 % dans l’ensemble de la population active. Une différence spectaculaire qui interroge la communauté scientifique et ouvre des perspectives inédites pour la prévention du déclin cognitif.
Ce que révèlent vraiment les chiffres de l’étude
Une analyse d’une ampleur inédite
Les chercheurs, dont le neurologue Anupam B. Jena, ont exploité une base de données monumentale du National Center for Health Statistics américain, couvrant les décès survenus entre 2020 et 2022. Résultat : sur l’ensemble des professions, deux métiers se détachent nettement.
- Chauffeurs de taxi : 0,91 % de décès attribués à la maladie d’Alzheimer.
- Conducteurs d’ambulance : 1,03 %, deuxième plus faible taux.
- Moyenne toutes professions confondues : 1,69 %.
Fait notable : cet effet protecteur ne s’observe pas chez les pilotes de ligne ou les capitaines de navire, dont les itinéraires sont largement prédéfinis. Ce sont bien les métiers exigeant une navigation en temps réel, imprévisible et constante qui semblent concernés.
La prudence de rigueur
Les auteurs eux-mêmes insistent : il s’agit d’une étude observationnelle, qui établit une corrélation, jamais une causalité. Autrement dit, on ne peut affirmer que conduire un taxi protège directement le cerveau. D’autres facteurs pourraient intervenir : niveau d’activité physique, sélection professionnelle (les personnes développant des troubles cognitifs cessent de conduire), ou différences socio-économiques. Comme pour le débat sur les zones bleues et le mythe des centenaires, il faut se méfier des explications trop séduisantes.
L’hippocampe, chef d’orchestre de la mémoire

Photo : Tim Samuel / Pexels
La fameuse étude des chauffeurs londoniens
Cette recherche s’inscrit dans le prolongement de travaux devenus légendaires. En 2000, la neuroscientifique Eleanor Maguire, de l’University College London, avait publié dans la revue PNAS une étude sur les chauffeurs de taxi londoniens. Pour obtenir leur licence, ces derniers doivent mémoriser « The Knowledge » : environ 25 000 rues et des milliers de points d’intérêt de la capitale britannique.
Ses conclusions furent retentissantes : l’imagerie cérébrale montrait que la partie postérieure de l’hippocampe des chauffeurs était significativement plus volumineuse que celle du groupe témoin. Mieux encore, le volume augmentait avec le nombre d’années d’expérience. Le cerveau, à l’image d’un muscle, se remodelait sous l’effet de l’entraînement.
Pourquoi cette région est cruciale
L’hippocampe joue un rôle central dans la formation des souvenirs et l’orientation spatiale. Or, c’est précisément l’une des premières zones cérébrales détruites par la maladie d’Alzheimer. Selon l’Inserm, la maladie touche environ 900 000 personnes en France, avec 225 000 nouveaux cas chaque année. L’hypothèse séduisante serait donc la suivante : en sollicitant intensément cette région, les chauffeurs de taxi construiraient une forme de « réserve cognitive » retardant l’apparition des symptômes.
Cette notion de réserve cognitive rejoint ce que l’on sait de l’importance de l’activité mentale et physique pour le cerveau, un lien que nous explorons également dans notre dossier sur la nutrition et la santé cérébrale.
Stimuler son cerveau : les leçons à en tirer
La nouveauté et la complexité, deux moteurs
Nul besoin de devenir chauffeur de taxi pour entretenir son hippocampe. Ce qui compte, c’est de confronter régulièrement le cerveau à des tâches complexes et non routinières. Plusieurs pistes font consensus dans la littérature scientifique :
- Se déplacer sans GPS : mémoriser un trajet, construire une carte mentale de son quartier.
- Apprendre une langue ou un instrument, activités reconnues pour la plasticité cérébrale.
- Varier ses itinéraires quotidiens plutôt que d’automatiser ses déplacements.
- Maintenir une vie sociale riche, l’isolement étant un facteur de risque cognitif documenté.
Ne pas négliger le corps
La santé cérébrale ne se joue pas uniquement dans les circonvolutions du cerveau. L’activité physique régulière améliore l’irrigation sanguine cérébrale et stimule la neurogenèse. Le même mécanisme est à l’œuvre dans les bienfaits reconnus de l’exercice sur l’humeur et le moral. Selon l’OMS, jusqu’à 40 % des cas de démence pourraient être retardés ou évités en agissant sur des facteurs modifiables : sédentarité, tabac, hypertension, diabète, perte auditive et isolement social.
Questions fréquentes

Photo : Tim Samuel / Pexels
Devenir chauffeur de taxi protège-t-il vraiment d’Alzheimer ?
Non, rien ne le prouve. L’étude du BMJ (2024) établit une corrélation entre ce métier et un taux de mortalité par Alzheimer de 0,91 %, contre 1,69 % en moyenne, mais il s’agit d’une observation statistique. D’autres facteurs (mode de vie, sélection professionnelle) peuvent expliquer ce résultat. Aucun lien de cause à effet n’est démontré.
Peut-on entraîner son hippocampe à tout âge ?
Oui. Les travaux d’Eleanor Maguire ont montré que le cerveau adulte reste plastique : la matière grise de l’hippocampe des chauffeurs londoniens croissait avec l’expérience. Des activités variées et exigeantes (navigation sans GPS, apprentissage) stimulent cette région à tout âge, même si les effets sont plus lents après 65 ans.
Combien de personnes sont touchées par Alzheimer en France ?
Selon l’Inserm, environ 900 000 personnes vivent avec la maladie d’Alzheimer ou une pathologie apparentée en France, avec près de 225 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année. L’OMS estime qu’agir sur les facteurs de risque modifiables pourrait retarder ou prévenir jusqu’à 40 % des cas.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



