- Plus de 33 000 décès attribués à la chaleur en Europe durant l’été 2023 (INSERM/ISGlobal, revue Nature Medicine)
- Le corps développe une acclimatation en 7 à 14 jours, mais cette adaptation reste partielle et fragile
- Santé publique France lance CaniculePrev pour mesurer l’impact réel des fortes chaleurs sur les Français
C’est un chiffre qui glace le sang, paradoxalement : plus de 33 000 personnes sont mortes de la chaleur en Europe durant l’été 2023, selon une étude de l’INSERM et de l’Institut de Barcelone pour la santé mondiale (ISGlobal) publiée dans Nature Medicine. À l’heure où les canicules deviennent la norme plutôt que l’exception, une question s’impose : notre organisme finit-il par s’habituer ? L’adaptation à la chaleur existe bel et bien sur le plan physiologique, mais les spécialistes préviennent d’une seule voix : « Nous ne sommes pas immunisés. » Entre acclimatation biologique réelle et illusion dangereuse de résistance, faisons le point sur ce que dit vraiment la science.
Ce que la science appelle « acclimatation »
Contrairement à une idée reçue, notre corps n’est pas totalement démuni face à la chaleur. Il déclenche une série de mécanismes d’adaptation qui, en quelques jours d’exposition, améliorent notre tolérance thermique.
Une adaptation en 7 à 14 jours
Les travaux en physiologie de l’effort, relayés notamment par des chercheurs français, montrent que le processus d’acclimatation s’installe rapidement :
- Une transpiration plus précoce et plus abondante : le corps se met à suer avant même d’atteindre des températures critiques
- Une sueur moins salée : l’organisme préserve mieux ses réserves de sodium
- Un volume sanguin augmenté, ce qui facilite la circulation et le refroidissement
- Une fréquence cardiaque abaissée à effort équivalent
Comme le résume un chercheur d’Eure-et-Loir cité par L’Écho Républicain, « le corps devient plus efficace » à mesure qu’il est exposé. Ses recherches montrent que même les seniors développent cette capacité d’adaptation, contredisant l’idée qu’elle serait réservée aux jeunes sportifs.
Mais une adaptation limitée et réversible
Là où le bât blesse, c’est que cette acclimatation ne fait pas de nous des surhommes thermiques. Elle disparaît en une à deux semaines dès que l’exposition cesse. Et surtout, elle a un plafond : au-delà de certains seuils de température et d’humidité, aucun mécanisme physiologique ne peut compenser. Le corps atteint alors le point de rupture, avec risque de coup de chaleur — une urgence vitale.
Pourquoi certains restent bien plus vulnérables

Photo : Mehmet Turgut Kirkgoz / Pexels
L’adaptation n’est pas égalitaire. Certaines populations demeurent en première ligne, quelle que soit leur exposition antérieure.
Les seniors, cible prioritaire
Avec l’âge, la perception de la soif diminue, la capacité à transpirer se réduit et les pathologies chroniques (cardiovasculaires, rénales) compliquent la thermorégulation. L’étude INSERM/ISGlobal sur 2023 confirme que les personnes âgées concentrent la majorité de la surmortalité liée à la chaleur. Pour cette tranche d’âge, une alimentation adaptée reste par ailleurs un pilier de résilience, comme nous l’expliquons dans notre dossier sur bien manger après 60 ans pour protéger le cerveau.
Un impact qui dépasse le corps
La chaleur ne fatigue pas que les muscles et le cœur. Selon franceinfo, les fortes températures s’accompagnent de troubles multiples : fatigue chronique, malaises, insomnies et montée de l’anxiété. C’est précisément ce que Santé publique France veut désormais quantifier avec son dispositif CaniculePrev, une consultation citoyenne lancée pour mesurer l’impact réel des vagues de chaleur, au-delà des seuls décès.
Les nuits caniculaires perturbent gravement le sommeil, l’organisme ne parvenant plus à faire baisser sa température corporelle. Si vous multipliez les réveils nocturnes pendant les épisodes de forte chaleur, ce phénomène thermique en est souvent la cause directe. Et lorsque la chaleur nourrit une anxiété diffuse, certaines erreurs à éviter en matière de gestion de l’anxiété peuvent aggraver le mal-être.
Les gestes qui protègent vraiment
Face à des canicules appelées à se répéter, la prévention reste notre meilleure arme. Santé publique France et l’AP-HP rappellent quelques principes fondamentaux, validés par les données épidémiologiques.
Le protocole de base
- Boire régulièrement, sans attendre la sensation de soif (environ 1,5 L d’eau par jour, davantage en cas d’effort)
- Rafraîchir son corps : douches tièdes, linges humides sur la nuque et les avant-bras
- Maintenir un logement frais : fermer volets et fenêtres le jour, aérer la nuit
- Éviter l’effort physique aux heures les plus chaudes (11h-17h)
- Prendre des nouvelles des proches isolés, notamment les personnes âgées vivant seules
Repérer les signaux d’alerte
Certains symptômes doivent conduire à appeler le 15 sans délai : confusion, maux de tête intenses, arrêt de la transpiration malgré une peau brûlante, nausées ou perte de connaissance. Ces signes évoquent un coup de chaleur, dont la mortalité peut atteindre plusieurs dizaines de pourcents en l’absence de prise en charge rapide selon les données hospitalières.
Questions fréquentes

Photo : Los Muertos Crew / Pexels
Le corps s’habitue-t-il vraiment aux canicules à répétition ?
Oui, mais partiellement. L’organisme développe une acclimatation physiologique en 7 à 14 jours (transpiration plus précoce, volume sanguin accru, fréquence cardiaque abaissée). Cette adaptation reste toutefois réversible en une à deux semaines et plafonne au-delà de certains seuils. Comme le soulignent les experts : nous ne sommes pas immunisés.
Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus à risque ?
Avec l’âge, la sensation de soif diminue, la capacité à transpirer se réduit et les maladies chroniques compliquent la régulation thermique. L’étude INSERM/ISGlobal publiée dans Nature Medicine montre que les seniors concentrent la majorité des 33 000 décès liés à la chaleur en Europe durant l’été 2023.
Qu’est-ce que le dispositif CaniculePrev ?
Il s’agit d’une consultation citoyenne lancée par Santé publique France pour mesurer l’impact réel des fortes chaleurs sur la population : fatigue, insomnies, anxiété, malaises. L’objectif est de documenter les effets sanitaires au-delà de la seule surmortalité, afin d’améliorer les politiques de prévention.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



