- Selon une étude de la Harvard T.H. Chan School of Public Health, les personnels de cabine présentent des taux de plusieurs cancers supérieurs à la population générale.
- Le risque de mélanome et de cancer du sein est particulièrement élevé chez les navigants, en raison des rayonnements cosmiques et des perturbations du rythme circadien.
- Limiter l’exposition solaire au sol, surveiller sa peau et respecter des rythmes de sommeil réguliers font partie des mesures de prévention.
À 11 000 mètres d’altitude, l’atmosphère protectrice de la Terre s’amincit considérablement. Une donnée passe souvent inaperçue : les personnels navigants reçoivent en moyenne une dose de rayonnements ionisants supérieure à celle de nombreux travailleurs du nucléaire, selon les données de la Federal Aviation Administration (FAA). Aux États-Unis, plusieurs études convergent désormais pour classer les pilotes et le personnel de cabine parmi les professions les plus exposées au cancer. Le sujet du cancer chez le personnel navigant n’est pas nouveau, mais il resurgit avec force à mesure que les cohortes s’allongent et que les mécanismes biologiques se précisent. Derrière le glamour du voyage aérien se cache une réalité physiologique méconnue : voler régulièrement expose l’organisme à une combinaison de facteurs de risque rarement réunis dans un même métier. Décryptage d’un phénomène que la recherche épidémiologique documente désormais avec rigueur.
Que révèlent vraiment les études américaines ?
L’alerte la plus retentissante provient d’une étude publiée en 2018 dans la revue Environmental Health, menée par Eileen McNeely et son équipe de la Harvard T.H. Chan School of Public Health. Portant sur plus de 5 300 membres d’équipage, elle a mis en évidence une prévalence accrue de plusieurs cancers par rapport à un échantillon de la population générale américaine de niveau socio-économique comparable.
Des chiffres qui interpellent
- Le taux de mélanome était environ deux fois plus élevé chez le personnel de cabine.
- Le cancer du sein touchait davantage les hôtesses de l’air, avec une prévalence notablement supérieure à la moyenne.
- Les cancers de la peau non-mélaniques ainsi que certains cancers de l’utérus, du col et de la thyroïde apparaissaient également plus fréquents.
Ces résultats rejoignent ceux de travaux antérieurs conduits en Europe du Nord et confirment une tendance déjà décrite dans notre dossier consacré aux cancers des équipages aériens et aux rayonnements cosmiques. La convergence des données internationales rend l’hypothèse d’un simple artefact statistique peu probable.
Pourquoi voler augmente-t-il le risque ?

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Plusieurs mécanismes se combinent, ce qui rend ce métier singulier sur le plan de l’exposition aux facteurs cancérigènes.
Les rayonnements cosmiques en altitude
À mesure que l’avion s’élève, le bouclier atmosphérique perd de son efficacité. Les équipages sont ainsi exposés à des rayonnements ionisants d’origine cosmique. Selon les National Institutes of Health (NIH), un membre d’équipage peut recevoir une dose annuelle comprise entre 2 et 5 millisieverts, soit une exposition professionnelle parmi les plus élevées après le secteur nucléaire. Ces rayonnements peuvent endommager l’ADN des cellules et favoriser, sur le long terme, l’apparition de mutations cancérigènes.
La perturbation du rythme circadien
Les décalages horaires répétés désorganisent l’horloge biologique interne. Or, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC), dépendant de l’OMS, a classé dès 2007 le travail de nuit entraînant une perturbation circadienne comme « probablement cancérigène » (groupe 2A). La suppression chronique de mélatonine, hormone aux propriétés antioxydantes, est l’un des mécanismes suspectés. Ce lien entre horloge interne et santé fait écho à ce que nous expliquions sur les chronotypes et leurs effets sur l’organisme.
Une exposition solaire cumulée
- Le cockpit filtre une partie des UVB mais laisse passer davantage d’UVA, susceptibles de traverser le pare-brise.
- Les escales dans des destinations ensoleillées augmentent l’exposition cutanée globale.
- Cette accumulation contribuerait au surrisque de mélanome observé, un cancer dont le dépistage précoce reste déterminant.
Faut-il s’inquiéter et comment se protéger ?
Il convient de garder la mesure : ces études décrivent des risques relatifs augmentés, non une fatalité individuelle. La grande majorité des navigants ne développera jamais de cancer. Mais la prévention prend ici tout son sens, d’autant que certains facteurs sont modifiables.
Des leviers concrets
- Surveiller sa peau : examen régulier des grains de beauté et consultation dermatologique annuelle, la détection précoce du mélanome améliorant considérablement le pronostic.
- Protéger sa peau au sol : crème solaire lors des escales, vêtements couvrants et modération de l’exposition volontaire.
- Préserver son sommeil : maintenir des routines aussi régulières que possible pour limiter la désynchronisation circadienne.
- Suivre les recommandations dosimétriques : dans l’Union européenne, la réglementation impose déjà un suivi de l’exposition aux rayonnements pour les équipages, un dispositif encore inégal aux États-Unis.
La question hormonale mérite aussi attention, notamment concernant le cancer du sein. Les recherches sur les liens entre hormones et cancers, comme celles évoquées dans notre analyse sur la testostérone et le cancer à travers 11 cohortes internationales, rappellent la complexité des mécanismes en jeu. Chaque profil doit faire l’objet d’un suivi individualisé auprès d’un médecin du travail ou d’un oncologue.
Questions fréquentes

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Voler occasionnellement présente-t-il un risque de cancer ?
Non. Le surrisque documenté concerne l’exposition professionnelle chronique, cumulée sur des milliers d’heures de vol. Un passager qui prend l’avion quelques fois par an reçoit une dose de rayonnements cosmiques négligeable : un vol transatlantique équivaut à environ 0,05 millisievert, soit bien moins qu’une radiographie thoracique dans certains cas. Le risque individuel pour un voyageur occasionnel reste très faible.
Quels cancers sont les plus fréquents chez les navigants ?
Selon l’étude de la Harvard T.H. Chan School of Public Health (2018), le mélanome (environ deux fois plus fréquent), le cancer du sein chez les femmes, les cancers cutanés non-mélaniques ainsi que certains cancers gynécologiques et de la thyroïde apparaissent plus prévalents que dans la population générale comparable. Ces résultats appellent des études complémentaires pour établir des liens de causalité précis.
Existe-t-il une réglementation protégeant les équipages ?
Oui, mais de façon inégale. L’Union européenne, via la directive Euratom, impose un suivi dosimétrique et une limitation de l’exposition aux rayonnements pour les personnels navigants. Aux États-Unis, la FAA recommande une surveillance mais le cadre reste moins contraignant. Les organisations professionnelles réclament un renforcement des mesures et un dépistage systématique.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



