Cancer du sein : 14 femmes en rémission font 100 km à vélo

Elles étaient quatorze au départ de Strasbourg, quatorze à l'arrivée à Wissembourg, cent kilomètres plus loin. Toutes en rémission d'un cancer du sein. Ce défi, porté par l'association WisSeinbourgeoise, n'a rien d'un exploit gratuit : l'activité physique réduit jusqu'à 40 % le risque de récidive selon plusieurs méta-analyses. On vous explique pourquoi le vélo, la marche ou la natation sont devenus des armes thérapeutiques à part entière après un cancer, comment ces femmes se sont préparées pendant des mois, et ce que recommandent aujourd'hui l'INCa et l'OMS en matière de reprise du sport.

⚡ En Bref — L’essentiel en 30 secondes

  • Une activité physique régulière réduit de 24 à 40 % le risque de récidive du cancer du sein (méta-analyse publiée dans le British Journal of Sports Medicine).
  • Quatorze femmes en rémission ont relié Strasbourg à Wissembourg à vélo, soit 100 km, dans le cadre de la 6e WisSeinbourgeoise.
  • L’OMS recommande au moins 150 minutes d’activité modérée par semaine, y compris pendant et après les traitements oncologiques.

Cent kilomètres. C’est la distance qu’ont avalée quatorze femmes entre Strasbourg et Wissembourg, un dimanche de septembre, guidon en main et cuissard sur les jambes. Le point commun de ce peloton un peu particulier : toutes sortent d’un cancer du sein. Le pari semblait fou sur le papier. Elles l’ont toutes relevé. Derrière l’exploit humain se cache une réalité médicale que la recherche martèle depuis vingt ans : bouger après un cancer n’est pas un luxe, c’est un traitement. Une activité physique adaptée après un cancer du sein peut réduire le risque de rechute d’un quart à près de la moitié, selon les données réunies dans le British Journal of Sports Medicine. Ce défi cycliste, organisé par l’association WisSeinbourgeoise pour sa 6e édition, met en lumière une transformation de fond dans la prise en charge oncologique. La convalescence n’est plus synonyme de repos absolu.

Un défi de 100 km qui raconte une révolution médicale

L’idée paraît presque provocante pour qui garde en tête l’image de la patiente affaiblie par la chimiothérapie. Pourtant, ces quatorze femmes n’ont pas improvisé leur exploit. Derrière la ligne d’arrivée à Wissembourg, il y a eu des mois d’entraînement encadré, une montée en charge progressive, un suivi.

Le vélo comme aboutissement, pas comme point de départ

Personne ne saute sur une selle pour enchaîner 100 bornes après six cycles de chimio. Les participantes de la WisSeinbourgeoise ont construit leur condition physique semaine après semaine. Le principe rejoint ce que les oncologues appellent l’activité physique adaptée (APA), aujourd’hui intégrée dans les parcours de soin de nombreux centres de lutte contre le cancer.

  • Reprise très graduelle, souvent débutée pendant les traitements eux-mêmes
  • Encadrement par des professionnels formés à la pathologie
  • Objectif commun qui recrée du lien après l’isolement de la maladie

Ce dernier point n’a rien d’accessoire. L’annonce d’un cancer fracture une vie, et le retour à la « normale » se révèle souvent plus solitaire qu’on ne l’imagine. Se retrouver à quatorze, à pédaler vers un but commun, agit autant sur le corps que sur le moral. La dimension collective de l’événement compte peut-être autant que les kilomètres.

Ce que dit la science sur le sport et la récidive

A group of women in an outdoor spinning class with an instructor leading the session.

Photo : Dmitry Ovsyannikov / Pexels

Le lien entre exercice et pronostic n’est plus une hypothèse. Il repose sur un corpus solide.

Des chiffres qui ont changé les recommandations

Plusieurs travaux convergent. Une méta-analyse reprise par l’Institut national du cancer (INCa) estime qu’une pratique régulière diminue la mortalité spécifique liée au cancer du sein d’environ 24 à 40 % chez les femmes physiquement actives, comparées aux sédentaires. L’American College of Sports Medicine, dans ses recommandations de 2019, a franchi un cap en affirmant que l’exercice pouvait être prescrit comme une véritable intervention thérapeutique.

Les mécanismes biologiques évoqués par les chercheurs sont multiples :

  • Réduction de l’inflammation chronique de bas grade, terrain favorable à la prolifération tumorale
  • Meilleure régulation des taux d’insuline et d’œstrogènes circulants
  • Renforcement des défenses immunitaires et de la masse musculaire

La fatigue liée aux traitements, ce symptôme que tant de patientes décrivent comme le plus invalidant, recule elle aussi avec l’exercice. Le paradoxe déroute : bouger quand on est épuisé finit par redonner de l’énergie. Cette fatigue oncologique, distincte de l’épuisement ordinaire, mérite d’ailleurs qu’on s’y attarde, comme on l’expliquait à propos de la reconnaissance de la fatigue chronique en France.

Marcher suffit déjà

Pas besoin de viser 100 km pour en tirer bénéfice. L’Organisation mondiale de la santé fixe le seuil à 150 minutes d’activité modérée hebdomadaire, soit une trentaine de minutes cinq jours par semaine. La marche rapide coche toutes les cases. Ses effets, longtemps sous-estimés, sont désormais bien documentés — un sujet que nous avons détaillé dans notre dossier sur le pouvoir méconnu de la marche.

Le cancer du sein en France : où en est-on ?

Le contexte donne du poids à ces initiatives. Le cancer du sein reste le plus fréquent chez la femme.

Les données de Santé publique France

Chaque année, environ 61 000 nouveaux cas sont diagnostiqués en France selon les estimations de Santé publique France et de l’INCa. C’est aussi la première cause de mortalité par cancer chez la femme, avec près de 12 000 décès annuels. Mais le tableau s’éclaircit : le taux de survie à cinq ans dépasse désormais 88 % tous stades confondus, et grimpe au-delà de 99 % pour les tumeurs détectées précocement et localisées.

Le dépistage organisé, proposé aux femmes de 50 à 74 ans tous les deux ans, explique une bonne part de ces progrès. La détection précoce reste la meilleure arme, un principe qui vaut d’ailleurs pour d’autres cancers où l’accès au diagnostic se complique, comme on le voyait dans notre article sur le dépistage du cancer de la peau face à la pénurie de dermatologues.

La rémission, une étape et non une fin

Être en rémission ne signifie pas tourner la page d’un simple claquement de doigts. La surveillance se poursuit des années. Les séquelles physiques et psychologiques persistent : douleurs, lymphœdème du bras après curage ganglionnaire, peur du retour de la maladie. C’est précisément dans cette zone grise que des projets comme la WisSeinbourgeoise prennent tout leur sens. Ils offrent un cap, une preuve tangible que le corps répond encore présent.

Questions fréquentes

A diverse group of people with bicycles enjoying a sunny day outdoors

Photo : Elias Jara / Pexels

Peut-on faire du sport pendant la chimiothérapie ?

Oui, et c’est même conseillé sous supervision médicale. Les recommandations de l’American College of Sports Medicine (2019) encouragent une activité adaptée dès la phase de traitement pour lutter contre la fatigue, préserver la masse musculaire et améliorer la qualité de vie. L’intensité doit être ajustée aux capacités du jour et validée par l’équipe soignante.

Quelle activité privilégier après un cancer du sein ?

La combinaison d’endurance (marche, vélo, natation) et de renforcement musculaire donne les meilleurs résultats. L’OMS recommande 150 minutes d’activité modérée par semaine, plus deux séances de renforcement. Le vélo présente l’avantage de ménager les articulations tout en travaillant le cardio. Après un curage ganglionnaire, mieux vaut adapter les exercices sollicitant le bras concerné.

De combien le sport réduit-il vraiment le risque de récidive ?

Les méta-analyses reprises par l’INCa situent la réduction de la mortalité spécifique entre 24 et 40 % chez les femmes physiquement actives par rapport aux sédentaires. Ces chiffres concernent une pratique régulière et durable, pas un effort ponctuel. L’exercice s’ajoute aux traitements conventionnels sans jamais les remplacer.

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📚 Sources :

Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.

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