- Le suivi Epipage-2 de l’Inserm a analysé plus de 3 000 enfants nés prématurés, dix ans après leur naissance.
- La plupart vont bien, mais les difficultés cognitives, motrices et comportementales restent plus fréquentes que dans la population générale.
- Un suivi médical et éducatif prolongé, sans se limiter à la petite enfance, améliore nettement la trajectoire de ces enfants.
Chaque année en France, environ 55 000 bébés naissent avant terme, soit près d’un accouchement sur dix selon l’Inserm. Longtemps, la question du devenir de ces enfants s’arrêtait aux portes du service de néonatologie. On mesurait la survie, on comptait les semaines gagnées. Mais que deviennent-ils à l’âge où l’on apprend à lire, à courir dans une cour de récréation, à se faire des amis ? Le suivi Epipage-2, mené par l’Inserm, apporte des réponses inédites sur la prématurité et son suivi à 10 ans. Le message est double : rassurant et exigeant. Rassurant, parce que la grande majorité de ces enfants grandissent en bonne santé. Exigeant, parce qu’ils restent plus vulnérables que les autres, et que cette fragilité passe souvent sous les radars une fois l’hôpital quitté.
Ce que révèle le suivi Epipage-2
Lancée en 2011, la cohorte Epipage-2 est l’une des plus vastes études françaises sur les enfants nés avant terme. Coordonnée par l’équipe de recherche en épidémiologie périnatale, obstétricale et pédiatrique (unité Inserm), elle suit plus de 3 000 enfants nés à différents degrés de prématurité, des grands prématurés (moins de 32 semaines) aux prématurés modérés.
Une majorité d’enfants en bonne santé
Le premier enseignement mérite d’être répété, tant les représentations sur la prématurité restent anxiogènes : à dix ans, la plupart de ces enfants vont bien. Ils sont scolarisés en milieu ordinaire, pratiquent des activités, mènent une vie d’enfant. Les progrès de la réanimation néonatale et du suivi des premières années ont transformé le pronostic de bébés qui, il y a quelques décennies, n’auraient pas survécu.
Mais des difficultés qui persistent
Reste le revers. Comparés aux enfants nés à terme, les anciens prématurés présentent plus souvent :
- des difficultés d’apprentissage et de scolarité, avec un recours accru au soutien scolaire ou à des aménagements ;
- des troubles de l’attention et de la concentration ;
- des difficultés motrices ou de coordination, parfois discrètes ;
- un besoin plus fréquent de rééducation (orthophonie, psychomotricité).
Plus la naissance a été précoce, plus ce risque augmente. Les chercheurs de l’Inserm insistent sur un point : ces enfants ne sont pas « malades », mais ils nécessitent une attention particulière et durable, parfois invisible pour l’entourage.
Pourquoi la vulnérabilité ne s’arrête pas à la sortie de l’hôpital

Photo : Speak Media Uganda / Pexels
L’expression revient chez les spécialistes : la prématurité ne s’arrête pas aux portes de la maternité. Un enfant né à 28 semaines qui a « rattrapé » son retard à 2 ans peut voir émerger des fragilités bien plus tard, quand l’école sollicite des fonctions cognitives complexes.
Le cerveau, un organe encore en chantier
Naître trop tôt, c’est interrompre une phase cruciale de maturation cérébrale. Certaines connexions se construisent alors dans un environnement — l’incubateur, les soins intensifs — très éloigné de l’utérus. Les conséquences ne se lisent pas toujours à la naissance ni dans les premiers bilans. Elles se manifestent quand l’enfant doit mobiliser sa mémoire de travail, planifier, gérer ses émotions.
Cet environnement précoce compte énormément pour le développement neurologique, un peu comme d’autres facteurs environnementaux pèsent sur la santé des plus jeunes. On sait par exemple que le bruit routier peut laisser une empreinte sur l’équilibre émotionnel des enfants, preuve que le cadre de vie façonne durablement le cerveau en développement.
Des inégalités sociales qui s’ajoutent
Les données Epipage-2 rejoignent un constat plus large de l’épidémiologie : le milieu social influence la trajectoire. Les familles disposant de moins de ressources accèdent plus difficilement aux rééducations, aux bilans spécialisés, au soutien scolaire. À prématurité égale, l’enfant d’un milieu favorisé bénéficie souvent d’un repérage et d’une prise en charge plus précoces.
Repérer, accompagner : ce qui change la donne
Le principal plaidoyer des chercheurs porte sur la continuité du suivi. Trop d’enfants sortent des radars médicaux après les premières années, alors que c’est précisément à l’âge scolaire que certains besoins apparaissent.
Un suivi coordonné et prolongé
Les réseaux de suivi des enfants vulnérables, mis en place dans plusieurs régions, jouent ici un rôle clé. L’idée : ne pas attendre l’échec scolaire ou le décrochage pour agir. Un dépistage précoce des troubles de l’attention, un accompagnement orthophonique ou en psychomotricité peuvent modifier durablement la trajectoire.
- Maintenir des bilans réguliers jusqu’à l’âge scolaire, voire au-delà ;
- Associer étroitement les parents, premiers observateurs du quotidien ;
- Coordonner médecins, enseignants et professionnels de la rééducation ;
- Adapter la scolarité sans stigmatiser l’enfant.
Le rôle central des parents et de l’école
Les familles sont souvent en première ligne pour signaler un enfant qui fatigue vite, décroche en classe ou peine à se concentrer. Ces signaux méritent d’être entendus. La santé de l’enfant se joue aussi dans l’attention portée au sommeil, à l’activité physique, à l’équilibre général — des leviers qui comptent à tout âge, comme le rappellent nos articles sur les facteurs qui façonnent la santé sur le long terme. Et rien n’interdit d’encourager ces enfants vers l’activité physique adaptée : bouger reste l’un des meilleurs alliés du développement, un principe valable de l’enfance à l’âge adulte, comme le montrent les bénéfices largement documentés de l’exercice régulier à tous les âges de la vie.
Questions fréquentes

Photo : Speak Media Uganda / Pexels
Un enfant né prématuré a-t-il forcément des séquelles ?
Non. Le suivi Epipage-2 de l’Inserm, portant sur plus de 3 000 enfants, montre que la majorité vont bien à dix ans et sont scolarisés normalement. Le risque de difficultés cognitives, motrices ou attentionnelles est simplement plus élevé que chez les enfants nés à terme, et augmente avec le degré de prématurité.
Jusqu’à quel âge faut-il suivre un enfant né avant terme ?
Les chercheurs recommandent un suivi prolongé au moins jusqu’à l’âge scolaire, voire au-delà. Certaines difficultés — troubles de l’attention, retards d’apprentissage — n’apparaissent qu’à partir de 6 ou 7 ans, quand l’école sollicite des fonctions cognitives complexes. Un suivi coordonné permet de les repérer tôt.
Combien de bébés naissent prématurés chaque année en France ?
Selon l’Inserm, environ 55 000 enfants naissent avant terme chaque année en France, soit près d’un accouchement sur dix. La prématurité se définit par une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée, la grande prématurité concernant les naissances avant 32 semaines.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



