- Environ 20 % de la population mondiale présente un taux élevé de lipoprotéine(a), selon la Fondation européenne d’athérosclérose (EAS).
- Le muvalaplin, pilule expérimentale des laboratoires Eli Lilly, a réduit la Lp(a) jusqu’à 85,8 % dans l’essai KRAKEN publié dans JAMA.
- Contrairement aux statines, ce traitement s’attaque à un marqueur d’origine génétique que rien ne modifiait jusqu’ici.
C’est un marqueur que la plupart des patients n’ont jamais entendu nommer, et que beaucoup de médecins ne dosent même pas en routine. Pourtant, la lipoprotéine(a) — ou Lp(a) — serait impliquée dans une part importante des infarctus et accidents vasculaires cérébraux (AVC) survenant chez des personnes au bilan lipidique par ailleurs « normal ». Selon la Fondation européenne d’athérosclérose (EAS), une personne sur cinq dans le monde présente un taux dangereusement élevé de cette particule, largement déterminé par la génétique. Le problème ? Ni l’alimentation, ni le sport, ni les statines classiques ne parviennent à le faire baisser de manière significative. C’est ce verrou thérapeutique que vise une nouvelle pilule, le muvalaplin, dont les premiers résultats cliniques suscitent l’espoir des cardiologues. Une avancée qui pourrait redéfinir la prévention cardiovasculaire pour des millions d’individus.
La lipoprotéine(a), ce facteur de risque longtemps ignoré
Depuis des décennies, la lutte contre les maladies cardiovasculaires s’est concentrée sur le fameux « mauvais cholestérol », le LDL. Mais un autre acteur agit dans l’ombre : la lipoprotéine(a), une particule proche du LDL mais dotée d’une protéine supplémentaire, l’apolipoprotéine(a), qui la rend particulièrement athérogène et prothrombotique.
Un marqueur écrit dans les gènes
La singularité de la Lp(a) tient à son origine : son taux est déterminé à plus de 90 % par la génétique, selon l’INSERM et la Société européenne de cardiologie (ESC). Autrement dit, contrairement au LDL que l’on peut moduler par l’hygiène de vie, le niveau de Lp(a) reste globalement stable toute la vie, fixé dès la naissance.
- Un taux supérieur à 50 mg/dL (ou 125 nmol/L) est considéré comme un facteur de risque cardiovasculaire majeur.
- Les personnes concernées ont un risque d’infarctus et d’AVC significativement accru, même avec un cholestérol LDL bien contrôlé.
- La Lp(a) est aussi associée à un risque accru de rétrécissement aortique (sténose valvulaire).
Ce déterminisme génétique explique pourquoi certains infarctus frappent des patients jeunes, minces et sportifs — un phénomène qui rappelle combien certaines maladies se préparent silencieusement, à l’image du cerveau dont on sait qu’il change en silence dès 50 ans.
Pourquoi les traitements actuels passent à côté

Photo : Marta Branco / Pexels
L’arsenal thérapeutique classique montre ici ses limites. Les statines, pierre angulaire de la prévention cardiovasculaire depuis les années 1990, réduisent efficacement le LDL — parfois de 50 % ou plus — mais restent quasiment inefficaces sur la Lp(a). Pire, certaines études suggèrent qu’elles pourraient légèrement l’augmenter.
Un vide thérapeutique
Jusqu’à récemment, aucun médicament homologué ne ciblait spécifiquement la Lp(a). Les options se limitaient à des mesures indirectes :
- La niacine, à l’efficacité modeste et aux effets secondaires mal tolérés.
- L’aphérèse lipoprotéique, une technique lourde de filtration du sang réservée aux cas extrêmes.
- Les inhibiteurs de PCSK9, qui abaissent la Lp(a) d’environ 20 à 30 % seulement, insuffisant chez les patients aux taux très élevés.
Ce constat rejoint une problématique plus large : celle de traitements standardisés qui ne tiennent pas compte des vulnérabilités individuelles. Or, dépister tôt reste le meilleur atout, comme le rappelle l’intérêt du fond d’œil pour repérer certaines maladies avant tout symptôme. La médecine cardiovasculaire cherche aujourd’hui à combler ce vide par des molécules de nouvelle génération.
Le muvalaplin, une pilule qui change la donne
Développé par Eli Lilly, le muvalaplin est le premier inhibiteur de la Lp(a) administrable par voie orale. Son mécanisme est astucieux : il empêche l’assemblage entre l’apolipoprotéine(a) et le LDL, bloquant ainsi la formation même de la particule dangereuse.
Des résultats spectaculaires en essai clinique
Les données de l’essai de phase 2 KRAKEN, présentées au congrès de l’American Heart Association et publiées dans le JAMA fin 2024, ont marqué les esprits :
- Une réduction de la lipoprotéine(a) allant jusqu’à 85,8 % selon la méthode de mesure utilisée.
- Un effet observé chez des patients présentant des taux très élevés (au-delà de 175 nmol/L).
- Une tolérance jugée globalement satisfaisante, sans signal de sécurité majeur à ce stade.
Menés notamment par le cardiologue Stephen Nicholls (Monash University, Australie), ces travaux ouvrent une perspective inédite. La forme orale constitue un atout de taille : elle facilite l’observance, là où les autres candidats-médicaments (comme le pelacarsen ou l’olpasiran) nécessitent des injections. Néanmoins, une réserve majeure demeure : réduire la Lp(a) ne prouve pas encore que l’on réduit les infarctus et AVC. Seuls les grands essais de phase 3, actuellement en cours, apporteront cette preuve clinique décisive, attendue vers 2026-2027.
Prévention globale : la Lp(a) ne fait pas tout
Même en cas de traitement ciblé, les fondamentaux de la santé cardiovasculaire restent incontournables. Alimentation, activité physique et vigilance vis-à-vis de certains produits demeurent essentiels. La grenade, ce fruit recommandé par les cardiologues, illustre l’importance d’une approche globale, tandis que la prudence s’impose face à certaines substances suspectées d’augmenter les risques, comme le xylitol, cet édulcorant lié aux AVC et infarctus.
Questions fréquentes

Photo : Marta Branco / Pexels
Comment savoir si mon taux de lipoprotéine(a) est élevé ?
Un simple dosage sanguin suffit. La Société européenne de cardiologie recommande désormais de mesurer la Lp(a) au moins une fois dans la vie de chaque adulte. Un taux supérieur à 50 mg/dL (125 nmol/L) est considéré comme à risque. Ce dosage reste toutefois peu prescrit en routine et n’est pas systématiquement remboursé selon les pays.
Le muvalaplin est-il déjà disponible en pharmacie ?
Non. Le muvalaplin est encore au stade expérimental (phase 2 achevée, phase 3 en cours). Sa commercialisation, si les essais confirment un bénéfice clinique réel sur les infarctus et AVC, n’est pas attendue avant plusieurs années. Aucun traitement oral abaissant fortement la Lp(a) n’est aujourd’hui homologué.
Peut-on faire baisser sa Lp(a) naturellement ?
Malheureusement, l’alimentation, le sport et la perte de poids ont un effet très limité sur la Lp(a), car son taux est déterminé à plus de 90 % par la génétique selon l’INSERM. En revanche, une bonne hygiène de vie reste essentielle pour réduire les autres facteurs de risque cardiovasculaire (LDL, tension, tabac).
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📚 Sources :
- Source originale — Futura Sciences (RSS)
- JAMA (2024) — Essai KRAKEN, muvalaplin et réduction de la lipoprotéine(a)
- Société européenne de cardiologie (ESC) & Fondation européenne d’athérosclérose (EAS) — Recommandations sur la Lp(a)
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



