- Entre 150 000 et 300 000 personnes seraient touchées en France selon l’Inserm, majoritairement des femmes.
- L’Assurance-maladie reconnaît officiellement l’encéphalomyélite myalgique, une avancée historique attendue depuis des années.
- Un diagnostic précoce et une reconnaissance administrative ouvrent la voie à une meilleure prise en charge des patients.
Ils sont des centaines de milliers à vivre dans l’ombre d’une maladie que beaucoup pensaient imaginaire. L’encéphalomyélite myalgique, plus connue sous le nom trompeur de « syndrome de fatigue chronique », toucherait entre 150 000 et 300 000 personnes en France selon les estimations de l’Inserm. Longtemps balayée d’un revers de main, cette pathologie neurologique invalidante vient de franchir une étape décisive : l’Assurance-maladie l’a officiellement reconnue. Pour Nathalie, Perpignanaise de 47 ans qui confie à Midi Libre devoir parfois « choisir entre manger et se laver », c’est bien plus qu’une formalité administrative. C’est la fin d’un long combat pour exister aux yeux du système de santé. Cette reconnaissance change la donne pour des patients trop souvent renvoyés à leur prétendue paresse ou à un simple mal-être psychologique.
Une maladie cruelle, longtemps invisible
L’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) n’a rien d’une fatigue passagère. Il s’agit d’une affection chronique complexe, reconnue comme maladie neurologique par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) depuis 1969. Son symptôme cardinal, le « malaise post-effort », se traduit par un effondrement de l’état de santé après le moindre effort physique ou intellectuel — parfois pour plusieurs jours.
Des symptômes qui bouleversent le quotidien
Les manifestations de la maladie sont multiples et fluctuantes. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), les patients rapportent principalement :
- Une fatigue intense et persistante, non soulagée par le repos, évoluant depuis plus de six mois ;
- Un malaise post-effort disproportionné par rapport à l’activité réalisée ;
- Des troubles cognitifs marqués, souvent décrits comme un « brouillard cérébral » ;
- Un sommeil non réparateur et des douleurs musculaires ou articulaires diffuses ;
- Une intolérance orthostatique (malaises en position debout).
Comme le soulignent les patientes azuréennes interrogées par Nice-Matin, « c’est une maladie très cruelle » qui isole et détruit des vies entières. Beaucoup se retrouvent alités, incapables de travailler, et la préparation d’un retour à l’activité — quand il est possible — demande un accompagnement spécifique, comme nous l’expliquions dans notre article sur le retour au travail après un long arrêt maladie.
Ce que change la reconnaissance de l’Assurance-maladie

Photo : MART PRODUCTION / Pexels
Jusqu’ici, l’errance diagnostique était la norme. Les malades multipliaient les consultations, parfois pendant des années, avant qu’un nom soit posé sur leurs souffrances. La reconnaissance officielle par l’Assurance-maladie, rapportée par Le Figaro, marque une rupture symbolique et pratique majeure.
Vers une meilleure prise en charge
Cette reconnaissance devrait faciliter plusieurs démarches essentielles pour les patients :
- La légitimation du diagnostic auprès des médecins et des employeurs ;
- Un accès facilité aux arrêts de travail et aux dispositifs d’invalidité ;
- Une meilleure information des professionnels de santé, souvent démunis face à cette pathologie ;
- Une impulsion pour la recherche clinique, encore embryonnaire en France.
Le diagnostic reste néanmoins un défi. Il n’existe à ce jour aucun test biologique spécifique : l’EM/SFC se diagnostique par élimination, après avoir écarté d’autres causes. Cette absence de marqueur explique en partie pourquoi la maladie a été si longtemps considérée avec suspicion. Les avancées de la recherche médicale, à l’image de celles menées sur certaines maladies immunitaires rares, montrent pourtant qu’une meilleure compréhension des mécanismes biologiques est possible.
Que dit la science sur les causes ?
Les mécanismes de l’encéphalomyélite myalgique restent partiellement mystérieux, mais la recherche progresse. Plusieurs pistes sérieuses sont explorées par la communauté scientifique internationale.
Le facteur infectieux au premier plan
De nombreuses études, dont certaines publiées dans The Lancet et Nature, pointent le rôle déclencheur d’infections virales. La pandémie de Covid-19 a d’ailleurs relancé l’intérêt pour cette pathologie : le « Covid long » présente des similitudes frappantes avec l’EM/SFC, notamment le malaise post-effort et les troubles cognitifs. Les hypothèses avancées incluent :
- Une dérégulation persistante du système immunitaire après une infection ;
- Des anomalies du métabolisme énergétique cellulaire (dysfonctionnement mitochondrial) ;
- Des perturbations du système nerveux autonome.
Aux États-Unis, les National Institutes of Health (NIH) ont intensifié leurs travaux sur cette maladie. En France, la Haute Autorité de santé a par ailleurs travaillé à l’élaboration de recommandations pour mieux orienter les médecins. Face à l’épuisement chronique, l’activité physique adaptée doit être maniée avec prudence — contrairement à d’autres contextes où la marche déploie un pouvoir insoupçonné sur la santé, l’effort mal dosé peut aggraver l’état d’un patient atteint d’EM/SFC.
Un combat loin d’être terminé

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Si la reconnaissance institutionnelle constitue une victoire, les associations de patients rappellent que le chemin reste long. Elles réclament désormais :
- La création de centres de référence spécialisés sur le territoire ;
- Un financement accru de la recherche fondamentale et clinique ;
- Une formation systématique des soignants ;
- Des dispositifs d’aide au maintien à domicile pour les cas sévères.
Car derrière les chiffres se cachent des existences brisées. Choisir entre manger et se laver, comme le raconte Nathalie, n’est pas une image : c’est le quotidien de milliers de personnes contraintes de rationner leur énergie au millilitre près. La reconnaissance de l’Assurance-maladie est un premier pas. Reste à transformer cette avancée symbolique en actes concrets.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre fatigue chronique et encéphalomyélite myalgique ?
La fatigue chronique est un symptôme qui peut avoir de nombreuses causes. L’encéphalomyélite myalgique (EM/SFC) est une maladie neurologique reconnue par l’OMS depuis 1969, caractérisée par un ensemble de symptômes dont le malaise post-effort, des troubles cognitifs et un sommeil non réparateur persistant plus de six mois. Le terme « syndrome de fatigue chronique » est jugé réducteur par de nombreux experts et patients.
Combien de personnes sont concernées en France ?
Selon les estimations de l’Inserm, entre 150 000 et 300 000 personnes seraient touchées en France, avec une nette prédominance féminine. La maladie reste toutefois largement sous-diagnostiquée en raison de l’absence de test biologique spécifique et de la méconnaissance des soignants.
Existe-t-il un traitement contre l’EM/SFC ?
Il n’existe à ce jour aucun traitement curatif. La prise en charge est symptomatique et vise à améliorer la qualité de vie : gestion de l’énergie (« pacing »), traitement de la douleur et des troubles du sommeil. L’exercice physique intensif est déconseillé car il peut aggraver les symptômes. La recherche, relancée notamment par les similitudes avec le Covid long, explore plusieurs pistes prometteuses.
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📚 Sources :
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



