- Le cancer colorectal provoque environ 1 700 décès par an en Suisse (Office fédéral de la statistique).
- Un dépistage personnalisé, ajusté au risque individuel, est à l’étude pour remplacer l’approche uniforme actuelle.
- Objectif : détecter plus tôt les cas à haut risque et éviter les colonoscopies inutiles chez les personnes à faible risque.
Chaque année, le cancer colorectal fait autour de 4 500 nouveaux malades et près de 1 700 morts en Suisse, d’après l’Office fédéral de la statistique. C’est l’un des cancers les plus fréquents du pays, et l’un des plus sournois : il se développe souvent en silence, à partir de polypes qui mettent des années à dégénérer. D’où l’intérêt d’un dépistage personnalisé du cancer du côlon, une piste que les experts helvétiques prennent aujourd’hui au sérieux. L’idée rompt avec la logique actuelle, qui propose le même examen à tout le monde au même âge. Demain, le dépistage pourrait s’ajuster à l’histoire familiale, aux habitudes de vie et, à terme, au profil génétique de chacun. Un changement de paradigme qui promet plus d’efficacité, à condition de convaincre une population encore réticente à se faire tester.
Pourquoi l’approche uniforme montre ses limites
Aujourd’hui, en Suisse comme dans la plupart des pays européens, le dépistage cible une tranche d’âge — généralement 50 à 69 ans — avec deux outils principaux : le test immunologique de recherche de sang occulte dans les selles (FIT) et la coloscopie. Simple sur le papier. Beaucoup moins dans les faits.
Le premier problème, c’est la participation. Elle plafonne, et de loin. Selon les données cantonales, à peine une personne éligible sur trois répond réellement à l’invitation dans certaines régions. Trop peu pour espérer faire chuter la mortalité de façon spectaculaire.
Un même filet pour des risques très différents
L’autre faille tient à la logique du système. Une personne de 52 ans sans antécédent, non-fumeuse et active, reçoit exactement la même recommandation qu’un patient du même âge avec un frère opéré d’un cancer colorectal à 45 ans. Or leur risque n’a rien de comparable. Le dépistage personnalisé cherche justement à corriger ce déséquilibre en tenant compte de plusieurs facteurs :
- les antécédents familiaux de cancer colorectal ou de polypes ;
- le mode de vie — tabac, alcool, sédentarité, alimentation pauvre en fibres ;
- certaines maladies inflammatoires chroniques de l’intestin ;
- à terme, des marqueurs génétiques mesurant une prédisposition héréditaire.
Comme pour d’autres pathologies évitables, l’hygiène de vie pèse lourd dans la balance. La sédentarité, notamment, revient régulièrement dans les études comme un facteur aggravant, et l’activité physique régulière — même modeste, à l’image de ce que nous rappelions à propos du pouvoir sous-estimé de la marche — figure parmi les leviers de prévention accessibles à tous.
Ce que change un dépistage calibré sur le risque

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Le principe est celui de la stratification. Plutôt qu’une règle unique, on classe les individus selon leur niveau de risque, puis on adapte l’intensité et la fréquence des examens.
Concrètement, à quoi ça ressemblerait
Pour les personnes jugées à faible risque, on pourrait espacer les tests, voire retarder le début du dépistage. À l’inverse, celles identifiées à haut risque bénéficieraient d’une surveillance plus précoce et plus rapprochée, avec un recours plus direct à la coloscopie. Les bénéfices attendus :
- détecter plus tôt les cancers chez les patients réellement exposés ;
- éviter des coloscopies inutiles, examens invasifs qui comportent un risque de complications ;
- concentrer les ressources médicales là où elles comptent vraiment ;
- améliorer l’adhésion en donnant du sens à la démarche individuelle.
Des scores de risque combinant données cliniques et génétiques ont déjà été validés dans plusieurs travaux publiés dans The Lancet Oncology et Gut. Ces modèles, appelés scores de risque polygénique, permettent d’affiner l’estimation bien au-delà du simple critère de l’âge. Reste à les intégrer dans un programme national, ce qui suppose des choix organisationnels — et budgétaires — délicats.
Les obstacles à ne pas sous-estimer
Personnaliser le dépistage, c’est séduisant sur le principe. Mais la mise en œuvre soulève plusieurs questions qui n’ont rien d’anodin.
Coût, équité et acceptabilité
Le premier écueil est financier. Généraliser des analyses génétiques a un prix, et il faudra démontrer que le surcoût initial se traduit par des économies à long terme — moins de cancers avancés, moins de traitements lourds. Le deuxième enjeu touche à l’équité : un dépistage sophistiqué ne doit pas creuser l’écart entre les patients bien informés et les autres. On sait déjà que l’accès aux soins n’est jamais neutre, comme le montrent les débats récurrents autour du rôle du patient dans les décisions thérapeutiques.
Enfin, il y a la question de la communication. Annoncer à quelqu’un qu’il porte une prédisposition génétique n’est pas anodin sur le plan psychologique. L’anxiété générée par une information mal expliquée peut décourager plutôt que motiver. Les progrès de la médecine de précision, déjà visibles dans d’autres domaines comme le développement de traitements sur mesure contre le mélanome, illustrent à la fois la promesse et la complexité de cette médecine taillée pour l’individu.
Un signal fort, mais un chantier de longue haleine

Photo : Los Muertos Crew / Pexels
Les réflexions suisses s’inscrivent dans un mouvement plus large. L’Union européenne recommande depuis 2022 d’étendre et d’optimiser les dépistages colorectaux, et plusieurs pays testent déjà des approches stratifiées. La Suisse, avec son système de santé décentralisé par cantons, devra harmoniser des pratiques parfois disparates avant d’imaginer un programme cohérent à l’échelle nationale.
Le message des spécialistes reste néanmoins constant : quel que soit le modèle retenu, le dépistage sauve des vies. Détecté tôt, le cancer colorectal se guérit dans plus de 90 % des cas selon les registres oncologiques. Diagnostiqué au stade métastatique, ce chiffre s’effondre. Toute la bataille se joue là.
Questions fréquentes
À quel âge faut-il commencer le dépistage du cancer colorectal ?
Actuellement, la fourchette recommandée en Suisse est de 50 à 69 ans. Avec un dépistage personnalisé, les personnes à antécédents familiaux pourraient débuter plus tôt, parfois dès 40 ou 45 ans. En cas de doute, un avis médical individuel reste indispensable.
Le test de selles est-il aussi fiable que la coloscopie ?
Le test immunologique (FIT) repère le sang occulte dans les selles et constitue un excellent outil de première ligne. En cas de résultat positif, une coloscopie confirme ou écarte la présence de lésions. La coloscopie reste l’examen de référence, car elle permet de retirer directement les polypes détectés.
Peut-on réduire son risque par le mode de vie ?
Oui, en partie. Limiter l’alcool et la viande transformée, ne pas fumer, maintenir une activité physique régulière et privilégier une alimentation riche en fibres réduisent significativement le risque, selon les données de l’OMS. Ces habitudes ne remplacent pas le dépistage, mais le complètent.
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📚 Sources :
- Source originale — RTS.ch
- Office fédéral de la statistique (OFS) — Statistiques du cancer en Suisse
- The Lancet Oncology / Gut — Scores de risque polygénique et dépistage colorectal stratifié
Cet article est fourni à titre informatif uniquement. Consultez toujours un professionnel de santé avant de modifier votre alimentation ou traitement médical.



